indien, cinéma
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2. L’époque du muet

Les débuts de l’industrie cinématographique s’effectuèrent dans deux secteurs bien différents. D’une part, on trouvait les agences de distribution (telles que Bourne & Shepherd à Calcutta, Clifton & Co. à Bombay ou les Madras Photographic Stores) qui, à leurs activités dans la photographie, ajoutaient la distribution de « photographies animées » et proposaient leurs services pour filmer des réceptions, des messages publicitaires et des pièces de théâtre en vogue. Elles furent bientôt rejointes dans cette activité par des films sponsorisés par l’État colonial et par la royauté locale, avec des caméramen qui accompagnaient la cour royale et qui filmèrent des événements majeurs, notamment le Grand Durbar du roi George V à Delhi en 1911. D’autre part, les premiers cinéastes indiens furent principalement des amateurs indépendants : Harishchandra Sakharam Bhatavdekar, qui réalisa des courts métrages (Wrangler Mr R. P. Paranjpye’s Return to India, 1902), fut l’un des réalisateurs les plus célèbres, et étendit ses activités à la distribution indépendante, puis au début du XXe siècle, au commerce du matériel cinématographique qui fut l’un des plus importants de l’Inde. Hiralal Sen fonda la Royal Bioscope Company (1899) en marge des pièces de théâtre à succès de Calcutta, qui étaient ensuite projetées au Star Theatre par Amritlal Bose, qui menait une programmation novatrice.

Le premier cinéaste au sens contemporain du terme, le « père du cinéma indien », Dhundiraj Govind (aka Dadasaheb) Phalke, débuta avec le Roi Harishchandra (Raja Harishchandra, 1913), réalisé dans un studio familial. En 1918, il fonda la Hindustan Cinema Films Company à Nasik. Cette société était financée par la Mayashankar Bhatt, qui représentait les premiers capitaux indigènes entrant dans une production cinématographique. Les premiers investissements dans la production, de 1915 à 1922, provenaient souvent de promoteurs immobiliers qui, après avoir spéculé sur les salles de cinéma, passaient à la distribution et à la production, notamment au Pendjab et en Inde occidentale.

Dans les années 1920, les villes de Calcutta et de Bombay assistèrent à la naissance de plusieurs studios de production, financés par d’anciens exploitants et propriétaires de cinémas. La Kohinoor Film Company (fondée en 1918), créée sur le modèle d’un important distributeur indépendant, S. N. Patankar, fut la compagnie de production la plus importante, financée et dirigée par Dwarkadas Sampat. À ses débuts, la compagnie dut faire face à une importante affaire de censure, lorsque sa première production significative, Saint Vidur (Bhakta Vidur, 1921), film à caractère mythologique, fut interdite pour des causes politiques. Néanmoins, la Kohinoor réussit à faire face à cette situation et produisit plusieurs gros succès des années 1920, notamment la Fée et la Fleur (Gul-e-Bakavali) et Serpent noir (Kala Naag, réalisés en 1924), et ouvrit la voie à plusieurs studios connus à Bombay — Ranjit, Sharda et Imperial ; ce dernier est célèbre pour avoir réalisé le premier film parlant indien, la Lumière du monde (Alam Ara, 1931).