| Format recherche | Versailles, château de | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Versailles, château de, château français situé à l’ouest de Paris, dans la ville de Versailles (Yvelines).
Demeure des rois de France de 1682 à 1789, le château de Versailles reste avant tout associé au règne de Louis XIV, dont il symbolise la toute puissance. L’ampleur des constructions, la magnificence des décors, la perfection des jardins et les nombreuses collections de peinture qui y sont conservées en font l’un des palais les plus somptueux du monde, et l’un des plus visités avec sept millions de visiteurs annuels pour le parc et le château.
| 2. | Le château royal |
| 1. | Le pavillon de chasse de Louis XIII |
Au milieu d’une forêt marécageuse abondante en gibier, Louis XIII fait construire en 1624 un modeste pavillon de chasse, agrandi entre 1631 et 1634 par l’architecte Philibert Le Roy. Lorsque Louis XIV hérite de la seigneurie de Versailles à la mort de son père (1643), le petit château rustique, en briques et pierres, est déjà démodé.
| 2. | Le palais de Louis XIV le Grand |
| 2.1. | Les premiers agrandissements |
En 1661, à peine affranchi de la tutelle de son ministre Mazarin, le jeune Louis XIV réunit une équipe d’artistes pour rénover l’édifice : l’architecte Louis Le Vau, le peintre Charles Le Brun, le jardinier André Le Nôtre (les trois créateurs du château de Vaux-le-Vicomte) et l’ingénieur des eaux François Francine (mort en 1688).
Louis XIV n’a pas encore la vision de ce qu’il créera à Versailles, mais déjà se manifestent deux traits essentiels du futur palais : la symbolique du soleil, présente dans les nouveaux décors intérieurs, et l’intérêt du souverain pour les jardins. L’essentiel des dépenses concernent en effet les extérieurs. Pour créer le parc imaginé par André Le Nôtre, les sols sont asséchés, les terrains sont arasés, trois villages sont détruits. La première orangerie, la ménagerie et la grotte de Thétis (détruite en 1684) comptent parmi les grandes réalisations extérieures, tout comme le Grand Canal, dont le percement débute en 1667. Les bâtiments des communs, des écuries et des cuisines délimitent une avant-cour. Pourtant le château n’est encore qu’un lieu de fêtes et de plaisirs : le roi vit au Louvre et à Saint-Germain-en-Laye, deux lieux où il a entrepris de profonds réaménagements.
| 2.2. | Le « château neuf » |
En 1668, Louis Le Vau a pour mission de doubler la surface habitable du château de Versailles. Pour des raisons qui demeurent controversées — Louis XIV souhaite-t-il conserver le château de son père, ou son ministre Colbert impose-t-il ce choix par souci d’économie ? —, le « château vieux » de Louis XIII doit être intégré aux nouvelles constructions. Plusieurs projets sont envisagés avant le grand chantier, qui débute à la fin de l’année 1669 : sur les trois faces donnant sur le parc, le château de Louis XIII est enveloppé par de nouveaux bâtiments en pierre. Conçu par Louis Le Vau et son collaborateur François d’Orbay (1634-1697), cet ensemble, baptisé l’Enveloppe, s’inspire du modèle italien : des façades de pierres couronnées de balustrades dissimulent des toits plats. Une grande terrasse relie les appartements du roi (au nord) et ceux de la reine (au sud). Côté cour, le vieux château, dans un contraste total, conserve sa façade en briques et pierres.
| 2.3. | La résidence royale, capitale du royaume |
Avec les traités de Nimègue (1678-1679), qui consacrent la suprématie du souverain en Europe, Louis XIV est à l’apogée de son règne. Versailles devient le symbole de cette nouvelle puissance et d’importants travaux d’agrandissement sont entrepris afin d’en faire la capitale administrative et politique du royaume. L’ensemble est encore inachevé lorsque la Cour s’y installe, le 6 mai 1682.
Mené par Jules Hardouin-Mansart, le projet final (sur lequel travaillent en permanence plus de trente mille ouvriers) reste soumis aux partis adoptés par Louis Le Vau dix ans plus tôt. L’ensemble formé par le « château vieux » et le « château neuf » constitue le corps central du nouveau palais, qui multiplie par cinq la surface habitable. Côté jardin, la façade de Louis Le Vau est unifiée. Bâtie entre 1678 et 1684, la galerie des Glaces (73 m de long, 10,50 m de large, 12,30 m de haut) remplace la terrasse : Charles Le Brun, qui achève son travail en 1686, règne encore sur le décor, dominé par les marbres polychromes et l’importance de la peinture monumentale (les glaces, qui doublent les ouvertures des fenêtres, sont une innovation de Jules Hardouin-Mansart). Les grandes ailes dites du Nord et du Midi, qui accueillent les appartements des Princes, sont achevées en 1689.
Côté cour, décrochements et ressauts témoignent davantage du procédé de construction par additions successives : il faut franchir la place d’armes, l’avant-cour, la Cour royale pour accéder à la cour de marbre. Les anciens pavillons qui encadraient l’avant-cour (bâtis entre 1678 et 1682) sont reliés entre eux pour former l’aile des Ministres. Autour des trois avenues de l’entrée constituant la célèbre patte d’oie tracée par André Le Nôtre, de nombreux bâtiments sont édifiés pour accueillir la cour : ce sont, chaque jour, cinq mille personnes qui logent au château, quinze mille en comptant les domestiques et les visiteurs. Les Grands Communs (1682) contiennent à eux seuls 1 000 pièces au moins, capables d’accueillir 1 500 habitants. On trouve au nord les Grandes Écuries (pour les chevaux de selle) et les Petites Écuries (pour les chevaux d’attelage). De part et d’autres de la patte d’oie s’élèvent les quartiers Notre-Dame (1672) et Saint-Louis (1680).
Le dernier chantier mené sous le règne de Louis XIV est celui de la chapelle, qui débute en 1699 avec Jules Hardouin-Mansart et s’achève en 1710 avec le beau-frère de ce dernier, l’architecte Robert de Cotte. Située au milieu de l’aile Nord et dédiée à Saint Louis, la chapelle est inaugurée en 1710. Dans la tradition des chapelles palatines, elle comporte deux niveaux. Louis XIV (puis ses successeurs Louis XV et Louis XVI) assiste à la messe quotidienne depuis la tribune située au même étage que les appartements royaux. Les apports baroques — colonnes et balustrades, piliers sculptés, voûtes peintes et dallage de marbre polychrome — côtoient des réminiscences gothiques.
À la mort de Louis XIV en septembre 1715, Versailles a presque trouvé sa configuration actuelle : le domaine s’organise selon un axe où s’alignent la ville, le château (avec ses 700 pièces) et les jardins. Si l’architecture générale n’est pas remise en cause après 1715, la distribution et les décors intérieurs, sujets aux modes, se caractérisent par leur durée éphémère. Déjà, sous le règne de Louis XIV, le Grand Appartement, habité par le roi de 1673 à 1684, est délaissé pour l’appartement donnant sur la Cour de Marbre. Concernant la décoration, les marbres employés aux murs et aux sols par Charles Le Brun et Jean Le Pautre sont remplacés, à partir de 1680, par les boiseries, la tapisserie par la glace (le salon des Glaces en marque l’apogée). Aux Carle Audran et autres Jean-Baptiste Jouvenet, dont les peintures monumentales sont effectuées sous les ordres de Charles Le Brun, succèdent Pierre Mignard et les coloristes Charles de La Fosse et Antoine Coyel.
| 3. | Le château après Louis XIV |
| 3.1. | Sous le règne de Louis XV |
Durant le long règne de Louis XV (absent de Versailles durant la Régence), les principaux travaux concernent les décors intérieurs. Les arts décoratifs du style Louis XV — triomphe de la rocaille et de l’exotisme — investissent les appartements d’apparats. Nicolas Lancret, Carle Van Loo, Jean-Baptiste Oudry et François Boucher réalisent des compositions picturales d’une grande légèreté ; François Lemoyne peint entre 1733 et 1736 le plafond du salon d’Hercule ; Jacques Ange Gabriel conçoit des petits appartements.
Louis XV mène également à bien la construction de l’Opéra royal (inauguré en 1770, à l’occasion du mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette) et met en chantier le Grand Dessein, dont l’ambition est de prolonger l’Enveloppe côté cour. Ces deux entreprises sont conduites par l’architecte Jacques Ange Gabriel. La reconstruction de l’aile droite de la Cour royale (dite aile Gabriel) est la seule partie du Grand Dessein qui ait été réalisée avant la Révolution. Un pavillon est construit pour lui faire pendant par l’architecte Alex Dufour en 1814.
| 3.2. | Sous le règne de Louis XVI |
Louis XVI redoutant la dépense, aucun grand chantier n’est entamé sous son règne. Le souverain fait cependant aménager de nombreux cabinets de travail, notamment le Cabinet doré (1783), et confie à Jacques Ange Gabriel la réalisation d’une bibliothèque (1774).
| 3. | Le parc |
Le domaine de Versailles s’étend aujourd’hui sur 815 hectares (contre 6 000 durant l’Ancien Régime) dont une centaine occupée par le parc d’André Le Nôtre. Son évolution est indissociable de celle du château.
| 1. | Les jardins de Versailles |
| 1.1. | Le modèle du jardin à la française |
À la simplicité des premiers jardins de Louis XIII succèdent dès 1662 les grands parterres imaginés par André Le Nôtre, conçus pour être vus du premier étage. L’architecture joue un rôle prépondérant dans l’organisation de ces jardins : les deux grands plans d’eau, les bosquets, le Grand Canal organisent l’espace ; la pièce d’eau des Suisses (lac artificiel de 682 m de long sur 234 m de large) et le Trianon sont l’aboutissement de perspectives soigneusement pensées. S’y intègrent quelques constructions de première importance, comme la terrasse, l’Orangerie ou la Colonnade, œuvres de Jules Hardouin-Mansart.
La stricte ordonnance des tracés n’empêche pas la fantaisie. Elle surgit au détour des nombreux bosquets et surtout dans les Grandes Eaux, nom donné au spectacle des bassins et des fontaines en activités. Il faut compter 1 000 litres à la seconde pour alimenter, via les nombreux réservoirs souterrains ou de plein air et les 35 km de canalisations, les 600 jets d’eau du parc. Les eaux sont cherchées jusqu’à 34 km de Versailles. À partir de 1681, la machine de Marly permet de faire monter l’eau de la Seine jusqu’au domaine. Des ingénieurs de renom, tel Vauban, sont mis à contribution pour édifier un réseau d’aqueducs, comme le pont-aqueduc de Maintenon (inspiré du pont du Gard, il dépassait à l’époque 80 km de longueur).
Sous le règne de Louis XVI, une importante replantation est effectuée : respectueuse des dessins initiaux, elle introduit cependant des essences exotiques. Quelques lieux sont sacrifiés, comme le Labyrinthe, remplacé par le bosquet de la Reine. Hubert Robert crée en 1776-1778 le bosquet des bains d’Apollon. Épargnés par la Révolution, les jardins connaissent ensuite peu de modifications : Louis XVIII crée le jardin du Roi, représentatif de l’art des jardins au xixe siècle, et une grande partie des arbres est replantée sous Napoléon III.
| 1.2. | Les fontaines, bassins et sculptures |
Peu de choses ont été conservées du décor réalisé durant la première campagne (1660). De cette époque datent les vases en bronze, typiques du décor conduit par André Le Nôtre, ainsi que le buste de Louis XIV réalisé par Le Bernin, placé depuis 1684 dans le salon de Diane (la statue équestre de Louis XIV est une commande plus tardive). Sous la houlette de Charles Le Brun, les artistes François Girardon, Étienne Le Hongre, Pierre Le Gros, Thomas Regnaudin, les frères Marsy et Jean-Baptiste Tuby réalisent d’admirables groupes sculptés.
À la suite de la disgrâce de Charles Le Brun, Jules Hardouin-Mansart dirige les sculptures : Antoine Coysevox et Pierre Puget comptent parmi les plus exceptionnels artistes de cette période, marquée notamment par la dominance du bronze. Sous Louis XV, Jacques Ange Gabriel remodèle le bassin de Neptune et son décor sculpté (1738).
| 2. | Les grands ouvrages |
| 2.1. | L’Orangerie |
Œuvre de Jules Hardouin-Mansart, la nouvelle Orangerie remplace celle de Louis Le Vau, qui se situait à l’emplacement de l’aile du Midi. Édifiée à partir de 1685, elle sert de soutènement au parterre du Midi. Sa galerie centrale, flanquée de deux galeries latérales, atteint 156 mètres de long pour 21 mètres de large. L’Orangerie abritait au temps de Louis XIV quelque 2 000 caisses d’orangers.
| 2.2. | Le Grand Canal |
Long de 1 650 mètres et large de 62 mètres, le Grand Canal était au temps de Louis XIV couvert de bateaux (gondoles, chaloupes, yacht, barge, frégate, etc.), construits dans les arsenaux du royaume ou sur place, à la Petite Venise, sorte de ville close peuplée exclusivement de marins génois, vénitiens et français.
| 4. | Les bâtiments rattachés au château |
| 1. | Le Trianon |
| 1.1. | Le Grand Trianon |
En 1660, Louis XIV acquiert un petit village portant le nom de Trianon et les terres attenantes, doublant ainsi la surface de son parc.
Louis Le Vau est chargé d’y bâtir un petit pavillon de repos permettant au roi de s’éloigner des fastes et des rituels de la Cour — et d’abriter ses amours illégitimes. En raison de son décor extérieur, fait de plaques et de vases en faïences bleue et blanche de Delft, il est baptisé le Trianon de Porcelaine.
En 1687, Jules Hardouin-Mansart est chargé de reconstruire l’édifice, déjà délabré du fait de la fragilité de son décor. Les fondations des communs sont conservées, mais le pavillon central est remplacé par un péristyle joignant deux ailes. Véritable palais, ce Trianon de Marbre, ainsi nommé en raison du matériau utilisé pour ses pilastres, est inauguré en 1688.
| 1.2. | Le Petit Trianon |
Louis XV confie à Jacques Ange Gabriel la construction du Petit Trianon, achevée en 1766 ; le Trianon de Marbre est dès lors appelé, en opposition, Grand Trianon.
Voir aussi l’article Grand et Petit Trianon.
| 1.3. | Le Hameau de la Reine |
Construit entre 1783 et 1785 pour la reine Marie-Antoinette, le Hameau de la Reine s’inspire de l’architecture cauchoise, avec pans de bois et toitures de chaume. Il comportait primitivement la Ferme, la Laiterie, le Moulin, le Réchauffoir (cuisine), le Colombier, la Maison du Jardinier, le Boudoir (de la reine), la Maison du Billard, la Grange (salle de bal) et la Tour de Marlborough, symbolisant le château seigneurial. Sous leurs dehors rustiques, ces constructions abritent des appartements luxueux.
| 2. | Hors du château |
| 2.1. | Les Écuries |
Lorsque Versailles devient la résidence officielle de Louis XIV, Jules Hardouin-Mansart érige deux édifices similaires (la Grande Écurie et la Petite Écurie) pour accueillir les quelque 600 chevaux du souverain. Ces deux bâtiments ferment la Place d’Armes.
| 2.2. | Le Jeu de Paume |
Construite sous Louis XIV afin de pratiquer le jeu de paume (ancêtre du tennis), la salle du Jeu de Paume est le cadre, le 20 juin 1789, du serment du Jeu de paume : en plein Révolution, les députés du tiers état aux États généraux de 1789 s’y réunissent et jurent de ne pas se quitter avant d’avoir doté le pays d’une constitution.
| 5. | Le symbole « Versailles » |
| 1. | La vitrine de la magnificence de Louis XIV |
Sous le règne de Louis XIV, le château de Versailles est à la fois le centre du pouvoir politique et le temple du culte royal, où se pressent chaque jour près de 10 000 personnes. Ainsi, à partir de 1682, Versailles est le lieu unique de l’exercice du pouvoir royal. C’est dans le cabinet du Conseil, où il s’entoure de ses ministres, que gouverne le roi. Les réceptions d’ambassadeurs ont pour leur part lieu dans la galerie des Glaces, le salon d’Apollon ou la chambre du Roi.
De surcroît, en centralisant le pouvoir et en fixant les courtisans à Versailles, Louis XIV invente la société de cour. Le souverain — qui n’a pas oublié les années de Fronde (révolte) durant sa minorité — transforme une noblesse belliqueuse en un groupe asservi, dont l’essentiel des objectifs quotidiens consiste à obtenir les faveurs royales. Pour mettre à distance et dominer cette noblesse, Louis XIV met en place les règles de l’étiquette. Chaque moment de la journée royale, chaque geste entourant le souverain (jusqu’au plus trivial) sont régis par des règles strictes et transformé en service honorifique : le Lever du roi, le dîner aux Petits Couverts, la chasse ou la promenade en début d’après-midi, le Grand Couvert, le Souper et le Coucher du roi constituent les moments immuables de la journée, où attitudes et langages sont codifiés. Ainsi, en érigeant chaque moment de la journée en cérémonial, l’étiquette fixe la distance entre le souverain et ses courtisans, et transforme chaque geste royal en un acte politique.
Des spectacles et des réceptions — qui se raréfient à mesure qu’augmentent l’âge et la dévotion de Louis XIV — sont organisés pour occuper la cour, désormais éloignée des divertissements de la capitale. Trois fois par semaine, les soirées organisées dans les Grands Appartements du roi offrent concerts, danses et jeux. Les courtisans se reçoivent également entre eux, dans leurs appartements, pratiquant la conversation, le jeu, la musique ou le théâtre de société.
Codifiés, transformés en contraintes à mesure que se prolonge le règne de Louis XIV, ces rites participent dans une certaine mesure à l’abandon de Versailles après la mort du roi. Installée au Louvre, la Régence (1715-1723) se caractérise par une réaction à l’absolutisme et à l’austérité de ces dernières années du règne de Louis XIV. Il n’en demeure pas moins que lorsque Louis XV réintègre le palais de son bisaïeul en 1722, la cour se reconstitue ; cependant, parce que l’exercice du pouvoir diffère entre les deux monarques, les règles de l’étiquette (bien que reproduites) se relâchent.
| 2. | Versailles depuis la chute des Bourbons |
| 2.1. | Versailles, théâtre d’événements historiques contemporains |
C’est à Versailles, alors résidence du souverain Louis XVI, que s’ouvrent les États généraux à la veille de la Révolution française ; entre mai et octobre 1789, les députés des trois ordres se réunissent dans la salle des Menus-Plaisirs (située face au château) ; lorsqu’ils la trouvent close le 20 juin, les représentants du tiers état s’installent dans la salle du Jeu de Paume voisine, où ils se font le serment de doter le pays d’une constitution (voir serment du Jeu de Paume). Après le départ de Louis XVI, ramené de force à Paris par le peuple parisien (5 octobre 1789), le château et la ville de Versailles sont délaissés. En 1794, un décret sauve le château de la destruction, « pour servir aux jouissances du peuple ». Il est converti trois ans plus tard en Musée spécial de l’École française. Après la Révolution, s’ils songent un temps à faire de Versailles leur résidence, Napoléon puis Louis XVIII y renoncent tous deux.
Cependant, la valeur symbolique du château du Roi-Soleil demeure intacte. En témoigne le choix des Prussiens de proclamer la création du IIe Reich allemand, le 18 janvier 1871 (en pleine guerre franco-allemande), dans la galerie des Glaces du château. C’est dans cette même galerie qu’est signé, entre les Alliés et les Allemands, le traité mettant fin à la Première Guerre mondiale (28 juin 1919 ; voir traité de Versailles).
Entre 1871 et 1879, le château de Versailles a été le siège du gouvernement de la République. De nos jours, l’Assemblée nationale et le Sénat se rassemblent lors des modifications de la Constitution dans la salle des Congrès, édifiée en 1875 au centre de l’aile du Midi ; le palais demeure à la disposition du président de la République pour les réceptions officielles ; pour sa part, depuis 1962, le Grand Trianon est affecté à la résidence des chefs d’État étrangers.
| 2.2. | La création du Musée de l’histoire de France |
Inhabité depuis 1789, le château de Versailles devient à l’initiative de Louis-Philippe le Musée de l’histoire de France, inauguré en 1837. Si la Chapelle, l’Opéra, la galerie des Glaces et l’essentiel des Appartements royaux sont conservés, d’importantes mutilations sont infligées aux appartements pour créer les salles du nouveau musée. Ainsi, la galerie des Batailles — la plus vaste salle du château actuel (120 mètres de longueur) construite pour l’occasion — occupe l’emplacement de quatre appartements princiers du premier étage de l’aile du Midi, et d’une dizaine d’appartement de courtisans au deuxième étage.
Consacrée à l’histoire militaire de la France, la galerie des Batailles est, dès sa fondation, ornée de trente-cinq tableaux retraçant les plus grandes batailles. Au total, près de 3 000 tableaux sont commandés par Louis-Philippe aux peintres de l’époque, tels Horace Vernet et Eugène Delacroix.
| 2.3. | Le domaine national de Versailles |
Établissement public depuis 1995, le domaine national de Versailles répond donc à une double vocation : celle de la résidence royale et celle du Musée de l’histoire de France.
Du fait de la dispersion de meubles à la Révolution, mais aussi des ventes effectuées sous le règne de Louis XV, l’essentiel du mobilier versaillais a été progressivement éparpillé, entre collections britanniques et américaines. Le décret Debré de 1962 (ordonnant le regroupement des œuvres récupérées) a permis au château de retrouver une partie de son décor. Progressivement remeublé, le corps central restitue l’aspect de la demeure royale en 1789, illustrant ainsi l’histoire du décor français du xviie siècle à la fin de l’Ancien Régime.
Les Grands Appartements ont conservés plafonds et lambris peints de l’époque de Louis XIV ; l’Appartement intérieur du Roi présente des boiseries du xviiie siècle. La Chambre de la Reine et la Chambre du Roi ont donné lieu à de spectaculaires reconstitutions d’ensembles mobiliers.
Les collections du Musée d’histoire de France, constamment enrichies, sont présentées principalement dans les ailes du Nord (peintures des xvie et xviie siècles) et du Midi (xviiie et xixe siècles). Les Grandes Écuries accueillent pour leur part un musée des Carrosses.