| Versailles, château de | Format lecture | ||||
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| 2. | Le château royal |
| 1. | Le pavillon de chasse de Louis XIII |
Au milieu d’une forêt marécageuse abondante en gibier, Louis XIII fait construire en 1624 un modeste pavillon de chasse, agrandi entre 1631 et 1634 par l’architecte Philibert Le Roy. Lorsque Louis XIV hérite de la seigneurie de Versailles à la mort de son père (1643), le petit château rustique, en briques et pierres, est déjà démodé.
| 2. | Le palais de Louis XIV le Grand |
| 2.1. | Les premiers agrandissements |
En 1661, à peine affranchi de la tutelle de son ministre Mazarin, le jeune Louis XIV réunit une équipe d’artistes pour rénover l’édifice : l’architecte Louis Le Vau, le peintre Charles Le Brun, le jardinier André Le Nôtre (les trois créateurs du château de Vaux-le-Vicomte) et l’ingénieur des eaux François Francine (mort en 1688).
Louis XIV n’a pas encore la vision de ce qu’il créera à Versailles, mais déjà se manifestent deux traits essentiels du futur palais : la symbolique du soleil, présente dans les nouveaux décors intérieurs, et l’intérêt du souverain pour les jardins. L’essentiel des dépenses concernent en effet les extérieurs. Pour créer le parc imaginé par André Le Nôtre, les sols sont asséchés, les terrains sont arasés, trois villages sont détruits. La première orangerie, la ménagerie et la grotte de Thétis (détruite en 1684) comptent parmi les grandes réalisations extérieures, tout comme le Grand Canal, dont le percement débute en 1667. Les bâtiments des communs, des écuries et des cuisines délimitent une avant-cour. Pourtant le château n’est encore qu’un lieu de fêtes et de plaisirs : le roi vit au Louvre et à Saint-Germain-en-Laye, deux lieux où il a entrepris de profonds réaménagements.
| 2.2. | Le « château neuf » |
En 1668, Louis Le Vau a pour mission de doubler la surface habitable du château de Versailles. Pour des raisons qui demeurent controversées — Louis XIV souhaite-t-il conserver le château de son père, ou son ministre Colbert impose-t-il ce choix par souci d’économie ? —, le « château vieux » de Louis XIII doit être intégré aux nouvelles constructions. Plusieurs projets sont envisagés avant le grand chantier, qui débute à la fin de l’année 1669 : sur les trois faces donnant sur le parc, le château de Louis XIII est enveloppé par de nouveaux bâtiments en pierre. Conçu par Louis Le Vau et son collaborateur François d’Orbay (1634-1697), cet ensemble, baptisé l’Enveloppe, s’inspire du modèle italien : des façades de pierres couronnées de balustrades dissimulent des toits plats. Une grande terrasse relie les appartements du roi (au nord) et ceux de la reine (au sud). Côté cour, le vieux château, dans un contraste total, conserve sa façade en briques et pierres.
| 2.3. | La résidence royale, capitale du royaume |
Avec les traités de Nimègue (1678-1679), qui consacrent la suprématie du souverain en Europe, Louis XIV est à l’apogée de son règne. Versailles devient le symbole de cette nouvelle puissance et d’importants travaux d’agrandissement sont entrepris afin d’en faire la capitale administrative et politique du royaume. L’ensemble est encore inachevé lorsque la Cour s’y installe, le 6 mai 1682.
Mené par Jules Hardouin-Mansart, le projet final (sur lequel travaillent en permanence plus de trente mille ouvriers) reste soumis aux partis adoptés par Louis Le Vau dix ans plus tôt. L’ensemble formé par le « château vieux » et le « château neuf » constitue le corps central du nouveau palais, qui multiplie par cinq la surface habitable. Côté jardin, la façade de Louis Le Vau est unifiée. Bâtie entre 1678 et 1684, la galerie des Glaces (73 m de long, 10,50 m de large, 12,30 m de haut) remplace la terrasse : Charles Le Brun, qui achève son travail en 1686, règne encore sur le décor, dominé par les marbres polychromes et l’importance de la peinture monumentale (les glaces, qui doublent les ouvertures des fenêtres, sont une innovation de Jules Hardouin-Mansart). Les grandes ailes dites du Nord et du Midi, qui accueillent les appartements des Princes, sont achevées en 1689.
Côté cour, décrochements et ressauts témoignent davantage du procédé de construction par additions successives : il faut franchir la place d’armes, l’avant-cour, la Cour royale pour accéder à la cour de marbre. Les anciens pavillons qui encadraient l’avant-cour (bâtis entre 1678 et 1682) sont reliés entre eux pour former l’aile des Ministres. Autour des trois avenues de l’entrée constituant la célèbre patte d’oie tracée par André Le Nôtre, de nombreux bâtiments sont édifiés pour accueillir la cour : ce sont, chaque jour, cinq mille personnes qui logent au château, quinze mille en comptant les domestiques et les visiteurs. Les Grands Communs (1682) contiennent à eux seuls 1 000 pièces au moins, capables d’accueillir 1 500 habitants. On trouve au nord les Grandes Écuries (pour les chevaux de selle) et les Petites Écuries (pour les chevaux d’attelage). De part et d’autres de la patte d’oie s’élèvent les quartiers Notre-Dame (1672) et Saint-Louis (1680).
Le dernier chantier mené sous le règne de Louis XIV est celui de la chapelle, qui débute en 1699 avec Jules Hardouin-Mansart et s’achève en 1710 avec le beau-frère de ce dernier, l’architecte Robert de Cotte. Située au milieu de l’aile Nord et dédiée à Saint Louis, la chapelle est inaugurée en 1710. Dans la tradition des chapelles palatines, elle comporte deux niveaux. Louis XIV (puis ses successeurs Louis XV et Louis XVI) assiste à la messe quotidienne depuis la tribune située au même étage que les appartements royaux. Les apports baroques — colonnes et balustrades, piliers sculptés, voûtes peintes et dallage de marbre polychrome — côtoient des réminiscences gothiques.
À la mort de Louis XIV en septembre 1715, Versailles a presque trouvé sa configuration actuelle : le domaine s’organise selon un axe où s’alignent la ville, le château (avec ses 700 pièces) et les jardins. Si l’architecture générale n’est pas remise en cause après 1715, la distribution et les décors intérieurs, sujets aux modes, se caractérisent par leur durée éphémère. Déjà, sous le règne de Louis XIV, le Grand Appartement, habité par le roi de 1673 à 1684, est délaissé pour l’appartement donnant sur la Cour de Marbre. Concernant la décoration, les marbres employés aux murs et aux sols par Charles Le Brun et Jean Le Pautre sont remplacés, à partir de 1680, par les boiseries, la tapisserie par la glace (le salon des Glaces en marque l’apogée). Aux Carle Audran et autres Jean-Baptiste Jouvenet, dont les peintures monumentales sont effectuées sous les ordres de Charles Le Brun, succèdent Pierre Mignard et les coloristes Charles de La Fosse et Antoine Coyel.
| 3. | Le château après Louis XIV |
| 3.1. | Sous le règne de Louis XV |
Durant le long règne de Louis XV (absent de Versailles durant la Régence), les principaux travaux concernent les décors intérieurs. Les arts décoratifs du style Louis XV — triomphe de la rocaille et de l’exotisme — investissent les appartements d’apparats. Nicolas Lancret, Carle Van Loo, Jean-Baptiste Oudry et François Boucher réalisent des compositions picturales d’une grande légèreté ; François Lemoyne peint entre 1733 et 1736 le plafond du salon d’Hercule ; Jacques Ange Gabriel conçoit des petits appartements.
Louis XV mène également à bien la construction de l’Opéra royal (inauguré en 1770, à l’occasion du mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette) et met en chantier le Grand Dessein, dont l’ambition est de prolonger l’Enveloppe côté cour. Ces deux entreprises sont conduites par l’architecte Jacques Ange Gabriel. La reconstruction de l’aile droite de la Cour royale (dite aile Gabriel) est la seule partie du Grand Dessein qui ait été réalisée avant la Révolution. Un pavillon est construit pour lui faire pendant par l’architecte Alex Dufour en 1814.
| 3.2. | Sous le règne de Louis XVI |
Louis XVI redoutant la dépense, aucun grand chantier n’est entamé sous son règne. Le souverain fait cependant aménager de nombreux cabinets de travail, notamment le Cabinet doré (1783), et confie à Jacques Ange Gabriel la réalisation d’une bibliothèque (1774).