expressionnisme (littérature)
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expressionnisme (littérature)
3. Révolution expressionniste
1. Esthétique du contraste

Comme en peinture, l’expressionnisme littéraire opère une rupture radicale avec les modèles de l’époque. Il se situe néanmoins dans la continuité de l’œuvre de poètes comme Friedrich Hölderlin, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et, dans une certaine mesure, du romantisme (pour l’importance accordée à l’expression des sentiments) et du symbolisme (pour l’esthétique de la stylisation et du symbole étrange frappant).

La marque expressionniste est particulièrement nette en poésie et au théâtre. Son esthétique est révolutionnaire dans la mesure où elle rompt avec un art où domine la notion du Beau et privilégie en revanche la violence de l’expressivité. Elle se signale en effet par l’excès sous toutes ses formes, et notamment dans l’expression des sentiments d’un Moi souffrant. Parmi toutes les manifestations des pulsions et des manques, c’est le cri qui est présenté comme l’expression la plus profonde de l’homme.

Sur le plan esthétique, la stylisation, poussée à l’extrême, tend à provoquer chez le lecteur, ou le spectateur, un choc émotionnel violent. Rompant avec la tradition naturaliste et psychologique, l’expressionnisme déforme donc la réalité telle qu’on peut l’observer dans son immédiateté : il dépasse l’apparence pour atteindre la vérité cachée des choses et des êtres.

La littérature expressionniste se caractérise par l’abondance des images et des allégories. La syntaxe adoptée est volontiers malmenée, saccadée, discontinue ; des ruptures sont opérées dans les codes narratifs : absence d’un point de vue unique et de linéarité dans le récit, va-et-vient permanent entre le registre descriptif et poétique, etc. Sur d’autres plans, le lexique est mêlé et contrasté, les sonorités dissonantes, de telle sorte que l’ensemble du texte s’en trouve traversé par de violents contrastes. L’usage excessif et intempestif de ces procédés a pu conduire, peu à peu, à la création d’un certain poncif expressionniste.

2. Thématique engagée

Marquée par l’influence de philosophes comme Kierkegaard ou Nietzsche, la vision du monde des expressionnistes est sombre, révoltée et parfois exaltée. On reconnaît le mouvement littéraire à son discours engagé, lié aux tensions sociales de l’époque et qui prend explicitement parti contre les valeurs de la société bourgeoise et capitaliste. Se rapprochant du communisme, de l’anarchisme ou du pacifisme, l’expressionnisme dénonce en particulier l’aliénation de l’homme face à l’emprise croissante de la technique. Les auteurs du mouvement voient en outre dans la Première Guerre mondiale une confirmation de leurs prophéties pessimistes. Ils ne se contentent cependant pas de stigmatiser, par un ton parfois apocalyptique, la décadence de la société mais annoncent l’avènement d’une humanité nouvelle dans une vision messianique où domine l’idée de la fraternité.

Leurs œuvres sont aussi marquées par une thématique de la modernité et de ses symboles : la violence, la foule, les grandes villes, les usines, les machines, etc. Elles se caractérisent également par une large place accordée à la dimension imaginaire, aux mythes, au fantastique et à l’anticipation (voir science-fiction). Un des principes de cette forme d’art est de privilégier la subjectivité et de faire apparaître la réalité sous l’éclairage énigmatique de l’inconscient, du rêve, des états d’âme, voire de la folie. C’est ainsi que les œuvres expressionnistes peuvent prolonger les travaux de Freud.