américain, cinéma
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2. La naissance du cinéma aux États-Unis (1890-1914)
1. Les premières salles de projection : les Nickel Odeons

Les premières copies de films sont vendues au mètre, à l’intention des music-halls (sans cesse à l’affût d’attractions nouvelles) et des forains itinérants, mais les salles spécialisées dans la projection sont rares. Cependant, dès 1905, les films longs de plusieurs minutes existent en nombre suffisant pour organiser des projections permanentes.

Le premier Nickel Odeon — petite salle de projection dont le prix d’entrée n’excède pas un nickel (soit 5 cents) — voit le jour à Pittsburgh (Pennsylvanie) ; son succès immédiat permet rapidement son exploitation à « grande » échelle et, dès 1910, des milliers de salles couvrent l’ensemble du territoire américain.

2. Vitagraph, société de production d’un type nouveau

Parallèlement, de nouvelles sociétés de cinéma sont créées pour faire concurrence aux sociétés pionnières, Edison et Biograph ; la plus importante d’entre elles est Vitagraph. Copiée sur l’expérience de Pathé, s’appuyant sur les films réalisés par Albert Edward Smith et James Stuart Blackton, la société devient une structure de production multiple, avec des services spécialisés en écriture de scénario, en création de décors et de costumes, etc.

L’apport d’Albert Edward Smith, associé à celui des réalisateurs de Pathé, s’avère également capital en termes d’accélération de la narration dans les films et de technique de montage de scènes parallèles ; le principe est notamment exploité par des cinéastes comme Edwin Stanton Porter, qui réalise l’Attaque du Grand Rapide (The Great Train Robbery) en 1903.

3. Le monopole de la Motion Picture Patents Corporation

Rapidement, des litiges entre les sociétés de cinéma apparaissent, relatifs à la propriété des brevets de caméra et de projecteur. Ces conflits provoquent la constitution en 1908 d’un pool appelé Motion Picture Patents Corporation (MPPC), chargé de dominer un marché devenu très lucratif. La MPPC prétend ainsi limiter la concurrence, en réunissant à son seul profit les brevets de ses adhérents, et contrôler la distribution des films. Toutefois, les membres du groupement ne peuvent produire assez de films pour satisfaire la demande, si bien que de nouvelles sociétés de production et de distribution indépendantes se développent, jusqu’à disposer de la moitié du marché vers 1912. Le gouvernement américain intente une action anti-trust contre la MPPC qui, déjà inadaptée aux besoins du public, disparaît en 1917.

Les indépendants qui s’y étaient opposés créent alors de nouveaux studios dans les environs de Los Angeles et développent le star system. Certains vont devenir les « maîtres » des plus grands studios hollywoodiens.

4. L’apport décisif de D.W. Griffith

En pleine expansion, la société Biograph engage l’acteur et auteur dramatique D. W. Griffith, sans doute le premier réalisateur à s’intéresser aux techniques narratives. Il invente un certain type de mise en scène et utilise dès ses débuts davantage de plans dans un même film que les autres réalisateurs. Il privilégie le jeu des acteurs et pratique le montage en parallèle afin d’accroître les qualités dramatiques de ses réalisations. Il travaille pour la société Biograph pendant plusieurs années, produisant jusqu’à 30 minutes de film par semaine. Plusieurs de ses acteurs passent derrière la caméra, notamment Mack Sennett, responsable des comédies de la Biograph avant de créer la société Keystone.

Les autres grandes entreprises de cinéma américaines imitent les méthodes de Griffith et cherchent à multiplier les plans dans une même scène. On voit la caméra se rapprocher de l’acteur, aussi bien dans les productions de Biograph que dans celles de Vitagraph. Griffith demeure néanmoins le plus créatif des réalisateurs de l’époque, cherchant sans cesse l’alternance entre plans éloignés et plans rapprochés afin d’accroître l’émotion aux moments appropriés. Le réalisateur fait preuve de la même invention dans les changements de rythme obtenus au montage du film.

5. L’avènement d’Hollywood : l’évolution des techniques cinématographiques

En 1907, la société Selig de Chicago déplace une partie de sa production près de Los Angeles. Peu à peu, la plupart des autres producteurs (Universal, Fox, Warner, les futurs fondateurs de Paramount, Thomas Ince, Mack Sennett, etc.) s’installent à Hollywood et dans ses environs pour profiter de l’ensoleillement des lieux, de la diversité des décors naturels et des avantages économiques locaux.

5.1. La naissance d’un genre : le western

Les westerns, tournés en Californie dès 1898, connaissent une grande vogue dans les années 1910 ; de futurs metteurs en scène reconnus (Griffith, John Ford, Frank Borzage) sacrifient au genre dès leurs premières bobines. L’une des innovations marquantes de l’époque est le contrechamp, c’est-à-dire le plan tourné dans la direction inverse de la scène précédente.

5.2. Point de vue, coupures et montage

Un autre procédé associé au contrechamp est utilisé : le point de vue, c’est-à-dire le plan tourné à partir de la position de l’acteur dans le plan précédent ou suivant. Bien que les prises de vue à l’aide d’un cache noir simulant le regard à travers un instrument optique ou une serrure aient été utilisées dès le début du cinéma, le plan offrant exactement ce que le personnage voit sans utiliser un masque ne devient un procédé standard qu’à cette époque.

Le découpage des films en un nombre croissant de plans oblige les réalisateurs à améliorer leurs enchaînements. On développe le principe de la coupure en pleine action, au moyen des changements de plans. L’ultime acquis du cinéma muet est l’introduction des intertitres relatant les dialogues des personnages au cours de la scène, de manière à imiter au mieux le théâtre. Grâce à tous ces progrès, et notamment à un montage plus rapide, le public participe de plus en plus intensément à l’action et la fréquentation des salles de cinéma s’accroît.

5.3. Charlie Chaplin et les comiques américains

Mack Sennett applique les méthodes de Griffith à l’humour et y mêle des éléments de la comédie à la française pour composer un genre de comédie typiquement américain. Charlie Chaplin utilise les influences de Max Linder et de Mack Sennett, et développe son propre personnage, Charlot ; ses premiers pas d’acteur datent de 1914 avec Pour gagner sa vie (Making A Living, Henry Lehrmann), et ses premières réalisations de 1915 avec Charlot débute (His New Job). Les studios de New York et de Californie révèlent de nombreuses autres vedettes comiques qui seront connues dans le monde entier : Harry Langdon, Harold Lloyd, Laurel et Hardy, etc.

6. Les premiers longs métrages
6.1. Richard III (James Keane)

Avant la Première Guerre mondiale, les Européens se lancent dans le tournage de films plus longs, consommant plus d’une seule bobine. Bien que le système de distribution américain soit défavorable aux films longs, les réalisateurs américains rejoignent le mouvement. Ce genre de production ne débute réellement qu’en 1912, avec Richard III, puis avec des films tels que Traffic in Souls (1913), qui traite de la prostitution à New York. Adaptation de la célèbre pièce de William Shakespeare filmée par un réalisateur inconnu du nom de James Keane et produit par MB Dudley Amusement Co. (New York), Richard III constitue le plus ancien long métrage tourné aux États-Unis.

6.2. Une nouvelle écriture cinématographique

Au fur et à mesure de la banalisation du long métrage aux États-Unis, l’écriture du scénario devient prépondérante ; les techniques du théâtre, inspirées des modèles européens, s’imposent au cinéma. L’un des ingrédients du succès est l’intrigue qui, idéalement, impose deux obligations au héros : relever un défi et conquérir une belle. Il faut également alterner action, comédie, drame et romance d’une scène à l’autre et, si possible, à l’intérieur de chaque scène.

Ces recettes sont bien assimilées par des personnalités issues du théâtre telles que Griffith, Cecil B. DeMille ou Mary Pickford. Le premier essai de Griffith en la matière est le film « symboliste » intitulé la Conscience vengeresse (The Avenging Conscience, 1914), articulé autour de gros plans sur des objets destinés à exprimer pensées et émotions des personnages.

Les Américains développent de nouveaux procédés techniques, parmi lesquels le flashback (« retour en arrière »), qui permet d’insérer un épisode du passé au milieu d’un récit. Le déplacement de la caméra pendant le tournage (le travelling) devient aussi un procédé courant.

Après l’immense succès commercial de son film Naissance d’une nation (The Birth of A Nation) en 1915 — 825 000 entrées uniquement à New York —, Griffith investit ses bénéfices dans un film grandiose de quatre heures intitulé Intolérance (1916), avec quatre intrigues différentes. Chacun des récits est lui-même raconté en montage parallèle, ce qui rend probablement le film trop complexe pour le grand public. L’accueil mitigé réservé au film oblige les cinéastes à revenir à des récits plus linéaires.

De 1915 à 1925, de jeunes et brillants réalisateurs, dont Frank Borzage, Cecil B. DeMille, Marshall Neilan et Raoul Walsh perfectionnent la méthode narrative. À la fin des années 1920, les bases du cinéma dit « classique » sont déjà solidement fixées.