| classicisme (littérature) | Format lecture | ||||
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| 4. | Le classicisme français du xviie siècle |
| 1. | Un classicisme protéiforme |
La diversité de la littérature française du xviie siècle semble remettre en question la catégorie de classicisme. En effet, certains commentateurs sont conduits à évoquer le « romantisme » des classiques, pour parler par exemple de la couleur locale dans le théâtre de Corneille, ou de la préoccupation du « moi » perceptible dans l’œuvre du Cardinal de Retz. D’autres parlent même du « naturalisme » des classiques, en évoquant la peinture sociale dans les grandes comédies de Molière, dans les romans de Charles Sorel ou d’Antoine Furetière. On décèle en outre, dans la période dite « classique », une persistance du baroque, comme dans les pièces à machines (le Dom Juan de Molière) ou dans la thématique funèbre de Jacques Bossuet. Tout cela conduit les commentateurs à multiplier les étiquettes : préclassicisme, préciosité, burlesque, grotesque, libertinage, jansénisme, littérature mondaine, etc.
| 2. | L’ère classique : ordre et harmonie |
Malgré cette confusion lexicale et la diversité des œuvres produites à l’époque dite classique, on peut tenter de définir le classicisme comme moment historique. Le contexte est relativement instable : les pays du Sud sortent de leur siècle d’or, ceux de l’Est sont ravagés par la guerre, ceux du Nord s’enrichissent mais connaissent des troubles. L’État français cherche, quant à lui, une stabilité après les guerres civiles du xvie siècle (les guerres de religion) et celles du milieu du xviie siècle (la Fronde).
La recherche d’une organisation harmonieuse et solide entre les élites sociales (caste parlementaire, grande noblesse d’épée) ou entre les courants religieux (gallicanisme et romanisme jésuite) comprend naturellement un volet culturel. Prolongeant la politique du cardinal de Richelieu, Louis XIV affirme la vigueur de l’État en renforçant son administration et en intervenant dans l’économie. Il instaure également une politique culturelle à l’aide de subventions à des auteurs choisis et grâce à la fondation d’institutions d’État telles que les Académies (Institut de France). Le cardinal de Richelieu fonde l’Académie française en 1634 et lui ordonne trois ans plus tard de rendre son jugement pour terminer la « querelle du Cid » (polémique littéraire autour d’un succès de Corneille). Par la suite sont créées l’Académie royale de peinture et de sculpture (1648), celle d’architecture (1671) et celle de musique (dont Lully devient directeur en 1672). Par ailleurs, la mainmise royale sur le théâtre s’accomplit lors de la fusion de trois troupes pour former la Comédie-Française (1680).
| 3. | Codes et règles |
Parallèlement le comportement en société se codifie par la définition d’un idéal de l’« honnête homme ». Ce modèle est systématisé par l’écrivain Nicolas Faret dans l’Honnête homme ou l’art de plaire à la cour (1630). Il pose les vertus héroïques de cet homme qui doit être bon guerrier, bon amant, et dont la morale chrétienne est sans faille. Ce modèle est repris et corrigé par Antoine Gombaud, chevalier de Méré, dans ses Conversations (1668) et ses Lettres (1682). « L’honnête homme » est un courtisan soucieux de plaire au roi Louis XIV. C'est le triomphe du « bel esprit », mondain et frivole.
Les auteurs et les institutions de Louis XIV travaillent également pour définir le bon usage du français, au-delà de la diversité conflictuelle des castes et des goûts. Et l’Académie française se voit confier la tâche d’élaborer un dictionnaire, une rhétorique et une poétique : les trois domaines envisagés sont donc la langue, la prose et la littérature en vers.
| 4. | Fixation de la langue classique |
La France du xviie siècle connaît encore le multilinguisme, avec des parlers ou des accents régionaux et sociaux très contrastés. Cependant depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts (août 1539), le français n’est plus perçu comme une langue « vulgaire » par rapport au latin, comme c’était encore le cas au siècle précédent.
Reste à en fixer le bon usage, c’est-à-dire « la façon de parler de la plus saine partie de la cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps », comme l’écrit le seigneur de Vaugelas dans ses Remarques sur la langue française (1647). De nombreux ouvrages paraissent à la suite du sien, notamment celui de Gilles Ménage, Observations sur la langue française (1672). La fin du siècle voit paraître les trois premiers dictionnaires de la langue française : le Dictionnaire des mots et des choses de Pierre Richelet, 1680 ; le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière, 1690 ; le Dictionnaire de l’Académie, 1694.