Lewis, Jerry
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Lewis, Jerry
3. Un virage en solo

Jerry Lewis entame une carrière en solo avec le Délinquant involontaire (The Delicate Delinquent, 1957) de Don McGuire et P'tite tête de troufion (The Sad Sack, 1957) de George Marshall. Puis il produit et interprète plusieurs films de Frank Tashlin : Trois bébés sur les bras (Rock a Bye Baby, 1958), le Kid en kimono (The Geisha Boy, 1958) et Cendrillon aux grands pieds (Cinderella, 1960), avant de passer à la réalisation avec le Dingue du palace (The Bell Boy, 1960), qui est un bel hommage au cinéma burlesque classique.

Méprisé par la critique dans son pays, mais reconnu comme un auteur de génie en France, Jerry Lewis alterne ensuite les films qu'il réalise et interprète avec ceux dont il est seulement producteur et acteur. Il signe d'abord une réflexion sur la peur des femmes avec le Tombeur de ces dames (The Ladies’ Man, 1961), où, aux côtés de Kathleen Freemen et Pat Stanley, il affirme un style de mise en scène d'une rare intelligence. Puis il revient au burlesque avec le Zinzin d'Hollywood (The Errand Boy, 1961) et enchaîne avec son film le plus célèbre : Docteur Jerry et Mister Love (The Nutty Professor, 1963).

Il précise sa réflexion sur le comédien et son double dans Jerry souffre-douleur (The Patsy, 1964) et réalise un film ambitieux sur l'enfance et le rapport du maître et du serviteur dans les Tontons farceurs (The Familly Jewells, 1965), dans lequel il joue sept personnages.

Il continue aussi de jouer dans les films signés par Frank Tashlin : l'Increvable Jerry (It's Only Money, 1962), Un chef de rayon explosif (Who's Minding the Store?, 1963) et Jerry chez les cinoques (The Disorderly Orderly, 1964).

À partir de 1965, il cherche pourtant à transformer son personnage en réalisant des films où il s’attribue un comportement plus adulte (du moins au début des films) : Trois sur un sofa (Three on a Couch, 1965), avec Janet Leigh comme partenaire, Jerry Lewis y interprétant quatre rôles différents, et Jerry la grande gueule (The Big Mouth, 1967), œuvres qui n'ont pas beaucoup de succès. Il signe alors son seul film où il n'apparaît pas : One More Time (1969), avec Peter Lawford et Sammy Davis Jr., mais ne retrouve le succès public et critique qu'avec Ya, ya, mon général (Which Way to the Front, 1970).

Victime d'un producteur escroc, il ne peut pas monter son film le Jour où le clown pleura (The Day the Clown Cried, 1971) et retourne sur scène pendant dix ans avec un immense succès.

Sur le tournage de son nouveau film, Au boulot, Jerry (Hardly Working, 1981), il est victime d'un grave accident et ne signe plus que l'extravagant hommage au slapstik : T'es fou Jerry (Smogarsbord, 1983) et un émouvant sketch dans un film contre le racisme, Boy (1986).

Il apparaît cependant comme comédien dans les films d’autres réalisateurs, dont la Valse des pantins (The King of Comedy, 1982) de Martin Scorsese, où il donne la réplique à Robert De Niro, Slapstick (1983) de Steven Paul, Par où t'es rentré ? On t'a pas vu sortir, (1984) de Philippe Clair, le lyrique, drôle et envoûtant Arizona Dream (1992) de Emir Kusturica, où, aux côtés des talentueux acteurs que sont Johnny Depp, Faye Dunaway, Vincent Gallo et Lily Taylor, il interprète un vendeur de Cadillac rêvant d’atteindre la Lune en empilant toutes ses voitures, et le magnifique et méconnu Funny Bones (1995) de Peter Chelsom.