| Format recherche | Jarrett, Keith | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Jarrett, Keith (1945- ), pianiste, organiste, claveciniste, saxophoniste, flûtiste, guitariste, percussionniste, chef d’orchestre et compositeur de jazz américain.
Découvert par les amateurs de jazz français lors de son passage au festival d’Antibes-Juan-les-Pins, en 1966, dans le quartette du saxophoniste Charles Lloyd, Keith Jarrett devient célèbre auprès du grand public grâce aux enregistrements de ses concerts en solo à Brême et Lausanne en 1973, et surtout à Cologne (The Köln Concert) deux ans plus tard. Ses improvisations modales y instaurent un climat hypnotique et profondément lyrique, oscillant entre un romantisme imprégné de musique classique européenne et l’influence du gospel, du folklore américain et de la musique d’avant-garde, le tout s’inscrivant dans la grande tradition du piano jazz.
| 2. | De ses débuts d’enfant prodige à Miles Davis |
Né de père britannique et de mère hongroise, Keith Jarrett donne son premier concert à l’âge de sept ans et, à seize ans, un récital de ses œuvres. Il joue dans un orchestre régional, puis obtient une bourse d’études pour le Berklee College of Music de Boston, ayant refusé de venir en France travailler sous la direction de Nadia Boulanger. Il forme son premier trio à Boston, puis s’installe en 1965 à New York où il joue en free-lance, notamment aux côtés du multi-saxophoniste Roland Kirk. Engagé par Art Blakey dans ses Jazz Messengers (Buttercorn Lady, janvier 1966), il quitte le groupe pour le quartette de Charles Lloyd, dans lequel il reste pendant deux années (témoins de cette période, les disques Dream Weaver et Forest Flower). Jarrett constitue alors un trio avec le contrebassiste Charlie Haden et le batteur Paul Motian, et enregistre ses premiers disques en tant que leader en 1967-1968 (Life Between the Exit Signs, Restoration Ruin et Somewhere Before), puis il rejoint le groupe de Miles Davis (1970-1971) au sein duquel il joue du piano électrique à la demande du trompettiste.
| 3. | Une carrière multifacette |
À partir de 1971, à l’exception de deux disques en duo avec les batteurs Jack DeJohnette et Paul Motian et une collaboration avec les contrebassistes Gus Nemeth, Jean-François Jenny-Clark et le batteur Aldo Romano en 1974, la carrière de Keith Jarrett se déroule en trois phases distinctes : celle tout d’abord du quartette dit « américain », composé de Haden, Motian et du saxophoniste Dewey Redman (une douzaine de disques enregistrés jusqu’en 1977), puis celle du quartette dit « européen » avec Jan Garbarek (saxophones), Palle Danielsson (contrebasse) et Jon Christensen (batterie), groupe parfois baptisé Belonging Band (quatre disques jusqu’en 1979). La troisième phase est caractérisée par des prestations en solo, dont témoignent le disque Facing You (novembre 1971, premier enregistrement pour le label munichois ECM), puis une série d’enregistrements de concerts réalisés à Lausanne, à Brême (1973), à Cologne (1975), dans plusieurs villes du Japon (1976, dix disques Sun Bear Concerts), à Bregenz et à Munich (1981), à Tokyo (1987), à la salle Pleyel de Paris (1988), à Vienne (1991), ou encore à la Scala de Milan (1995).
Keith Jarrett a par ailleurs écrit et interprété des pièces pour grand orchestre (In the Light, 1973 ; The Celestial Hawk, 1980), pour orchestre de chambre (Bride of Light, 1993) ou pour clavecin (Book of Ways, 1986). Certaines œuvres du répertoire classique, dont le Clavecin bien tempéré (le premier livre est interprété en 1988, le livre II en 1991) et les Variations Goldberg (l’interprétation de Keith Jarrett paraît en 1989) de J.-S. Bach, figurent également dans sa discographie.
| 4. | Keith Jarrett, maître de l’improvisation |
Janvier 1983 marque un tournant dans la démarche musicale de Keith Jarrett, car il enregistre pour ECM (label auquel il reste attaché) un premier disque consacré aux standards du jazz dont il offre une nouvelle lecture, un véritable détournement lyrique sans la moindre idée préconçue d’arrangement, en compagnie du contrebassiste Gary Peacock et du batteur Jack DeJohnette. Au cours des nombreuses tournées qui ont suivi cette date charnière (douze traces discographiques en quinze ans, du Standards, Vol. 1 de 1983 au Tokyo’96), le trio pratique une musique « libre » : il ne prépare pas l’ordre des solos, et ne détermine pas au préalable le tempo ; son unique préoccupation est le feeling et l’osmose totale entre les musiciens, en dehors de tous codes et de toutes conventions.
Atteint d’un mal énigmatique, le pianiste doit réduire et espacer ses prestations en concert. Il enregistre à son domicile, fin 1998, un album en solo, The Melody At Night, With You, contenant dix standards et qui constitue son approche la plus absolue, la plus introvertie de sa musique.
En juin 1999, le trio Jarrett–Peacock–DeJohnette se produit au Palais des Congrès à Paris. Sa prestation fait l’objet d’un double album, Whisper Not. Au cours de l’été 2000, le trio joue en Europe, notamment au festivals de Montreux et d’Antibes-Juan-les-Pins.
L’apport de Jarrett dans l’improvisation pianistique contemporaine est considérable au même titre que celui de Bill Evans dans les années soixante.