| Format recherche | gauche (politique) | Format lecture |
| 1. | Présentation |
gauche (politique), terme qui désignait dans l’Assemblée nationale constituante de 1789 les députés regroupés par affinités politiques siégeant à la gauche du président de l’Assemblée, et qui a fini par désigner l’une des deux grandes tendances de la vie politique. Le clivage gauche-droite s’est généralisé en France et à l’étranger, mais il a fortement évolué au cours de l’histoire.
Les frontières de la gauche ne sont jamais demeurées bien étanches. La mouvance des combats a rejeté progressivement, au centre ou à droite, certaines familles politiques pourtant à gauche à l’origine. C’est par exemple le cas des petites formations que sont la gauche démocratique ou les républicains de gauche au début du xxe siècle, qui par leur terminologie renvoient au combat pour la République survenu vingt ans plus tôt, mais qui par leur programme social conservateur se situent cependant à droite de l’échiquier politique.
Une même fluctuation se retrouve au niveau des thèmes défendus : le nationalisme, par exemple, valeur de gauche dans la première moitié du xixe siècle, est devenu par la suite un élément essentiel du discours de droite. Aussi est-il très difficile de définir avec précision ce qui constitue la gauche, alors même qu’elle reste aujourd’hui encore un élément indispensable du champ politique.
En fait, au-delà des partis qui la composent, de ses nombreuses divisions et de ses formes d’action, la gauche possède quelques principes clairs d’identité. Sa naissance sous la Révolution française lui fournit ainsi un certain nombre de points d’ancrage comme la défense des droits de l’homme et plus encore le culte du progrès. Se pensant comme le camp du progrès par rapport à une droite perçue comme réactionnaire et conservatrice, la gauche peut se définir aujourd’hui comme un ensemble de formations qui tend à combiner l’aspect social et politique dans le cadre d’une approche volontariste de la société.
| 2. | La gauche française au xixe siècle |
L’histoire de la gauche, depuis la Révolution française, se caractérise par une suite de combats qui, au-delà des références symboliques léguées à la génération suivante, ont contribué à faire évoluer une notion politique toujours en mouvement.
Le premier de ces combats a été mené sous la Restauration. Défenseurs des acquis matériels de la Révolution et partisans d’un pouvoir s’appuyant sur des bases plus représentatives et plus larges, les libéraux s’opposent aux ultras et entendent faire participer la bourgeoisie dans son ensemble à la vie politique. La révolution de 1830 marque le triomphe de leurs aspirations mais, dès lors, les libéraux cessent d’appartenir à la gauche pour glisser vers la droite et voient leur rôle politique décliner au profit d’autres mouvements porteurs de valeurs nouvelles et s’engageant dans un nouveau combat, celui de la République.
Né sous la monarchie de Juillet, le parti républicain revendique principalement l’instauration du suffrage universel et connaît avec la Révolution de 1848 et l’instauration de la iie République une importante victoire. Mais l’aspect romantique et humaniste de ses revendications ainsi que la faiblesse de son programme social lui aliène le soutien populaire, et les « démoc-soc » sont battus lors des élections de mai 1849.
Cependant, la mise en place d’un nouveau régime, le second Empire, redonne un sens au combat républicain et favorise l’émergence d’une nouvelle famille à gauche, dominée par des personnalités tels Léon Gambetta ou Jules Ferry. L’abdication de Napoléon III et l’écrasement de la Commune, qui fait disparaître le courant socialiste et révolutionnaire, permet à cette gauche républicaine, positiviste, patriote et anticléricale, d’accéder au pouvoir et d’entreprendre quelques grandes réformes libérales, tel l’enseignement laïque, gratuit et obligatoire. Mais elle n’entend pas intervenir dans le domaine social, hormis par la loi Waldeck-Rousseau en 1884 qui libéralise le droit de constituer des syndicats. En fait, ces républicains opportunistes, rejetés progressivement vers la droite, disparaissent lors de l’affaire Dreyfus au profit de la gauche radicale.
| 3. | La gauche française au xxe siècle |
Si les partis se réclamant des libéraux de la Restauration et ceux composant les Républicains opportunistes n’ont pas survécu aux combats dont ils étaient issus, en revanche les radicaux, apparus dans la deuxième moitié du xixe siècle, continuent de représenter aujourd’hui encore l’un des trois grands courants, avec les socialistes et les communistes, qui structurent l’ensemble de la gauche française.
| 1. | La gauche radicale |
L’essor du Parti radical et radical-socialiste, le premier parti à se constituer en France en 1901, marque à la fois l’apogée d’un combat mené tout au long du xixe siècle et l’émergence d’une nouvelle doctrine sociale qui mêle égalitarisme et individualisme. S’affirmant au cours de l’affaire Dreyfus, constituant avec les républicains opportunistes et les partis socialistes un Bloc des gauches (1899), première réunion des familles de gauche, les radicaux accèdent au pouvoir au début du xxe siècle et assurent définitivement le succès du combat républicain. Surtout, ils mènent la lutte anticléricale qui s’est affirmée au fur et à mesure du xixe siècle comme l’une des grandes revendications de la gauche et font adopter la loi de séparation de l’Église et de l’État. Mais leur vision de la société demeure marquée par un attachement à la petite propriété, hostile aux puissances d’argent comme aux socialistes, dans la recherche d’une troisième voie, théorisée par Léon Bourgeois.
L’ambiguïté de cette position leur vaut de s’allier alternativement avec les partis centristes ou de droite, et les partis de gauche, notamment lors de l’expérience du Cartel des gauches (1924-1926) et du Front populaire (1936-1938). Principale formation politique jusqu’en 1940, les radicaux connaissent un lent déclin au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que de nombreuses divisions jusqu’en 1971, date à laquelle une partie rejoint la droite puis fonde l’Union pour la démocratie française (UDF) en 1978 et une autre partie, le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), s’allie avec les socialistes et les communistes, signe le Programme commun de gouvernement en 1972 et demeure aujourd’hui très proche du Parti socialiste (PS).
De fait, durant toute la première moitié du xxe siècle, la gauche se réunit dans sa volonté d’émanciper les puissances publiques et les consciences du contrôle de l’Église, et entend rompre avec un passé où elle assimile absolutisme monarchique, féodalité, cléricalisme et intolérance.
Mais à mesure que la laïcisation dénoue le clivage religieux, la gauche se recompose sur de nouveaux clivages.
Refusant de placer la question sociale au centre de leur programme, les radicaux se trouvent confrontés à l’essor de nouvelles formations sur leur gauche, à savoir les socialistes et les révolutionnaires.
| 2. | La gauche socialiste |
Si, comme les révolutionnaires, les socialistes envisagent la politique au travers du prisme social, ils divergent cependant sur les méthodes et l’action à mener.
Héritier d’un mouvement qui voit le jour au lendemain de 1830, la gauche socialiste, frappée par la répression lors des émeutes de juin 1848 puis lors de la Commune, commence véritablement à s’organiser en France à la fin du xixe siècle. En adoptant la théorie marxiste, elle entend faire de la conquête du pouvoir par le prolétariat et de l’instauration d’un système où la propriété collective des moyens de production serait la base de l’organisation sociale, le but ultime de son action. Sa progressive unification sous l’impulsion de Jean Jaurès, qui aboutit à la constitution en 1905 de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), s’accompagne cependant d’une évolution vers le réformisme social et d’une intégration dans le jeu politique parlementaire. Soutenant le Bloc des gauches, puis les radicaux au sein du Cartel des gauches, la SFIO accède au gouvernement en 1936 avec Léon Blum, à la tête du Front populaire. La politique menée alors consiste en une série de lois sociales importantes qui visent non pas à transformer la société, mais à la réformer. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la SFIO continue certes à jouer un rôle politique certain sous la IVe République mais ne parvient pas à prendre en compte les changements intervenus en France et dans le monde.
La SFIO disparaît en 1969 tandis que se constitue le Parti socialiste (PS) sous la direction de François Mitterrand. Rassemblant en son sein divers courants, depuis l’aile gauche du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialistes (CERES) de Jean-Pierre Chevènement jusqu’aux modérés proches du centre, en passant par les tenants d’une nouvelle gauche favorable à une approche antiautoritaire et décentralisée, le PS favorise l’union de la gauche en 1972 avec les communistes et le MRG. Porté au pouvoir au lendemain de l’élection de François Mitterrand en 1981, le PS synthétise un message de défense des intérêts des catégories sociales défavorisées et un message libéral sur les problèmes de société, et prône l’intervention de l’État dans le domaine économique, notamment par la planification et les nationalisations. Mais l’expérience du pouvoir et la mondialisation favorisent une évolution du PS qui, revenu au pouvoir en 1988, pratique une gestion plus libérale de l’économie, au grand dam de ses anciens alliés communistes.
| 3. | La gauche révolutionnaire |
Si les radicaux, durant la première moitié du xxe siècle, et les socialistes, surtout après la Première Guerre mondiale, dominent l’histoire de la gauche, il n’en reste pas moins que le courant révolutionnaire pèse d’un poids certain sur l’évolution de ce mouvement.
Se reconnaissant pour ancêtres les sans-culottes de l’an II, la dictature de Robespierre et la conspiration des Égaux dirigée par Babeuf, puis les ouvriers de juin 1848 et ceux de la Commune de 1871, cette gauche partage avec les radicaux l’anticléricalisme et, plus encore avec les socialistes, la primauté accordée au social. Mais elle refuse le système parlementaire et la démocratie bourgeoise, lui préférant la transformation violente de la société, et ce quelles que soient les différentes tendances qui animent cette gauche, que l’on envisage l’action d’une minorité (les blanquistes), par les attentats (les anarchistes), par les syndicats (syndicalistes révolutionnaires de la Confédération générale du travail (CGT)) ou enfin par un parti d’avant-garde qui organise la lutte des ouvriers (guesdistes).
La révolution bolchevique de 1917 donne un nouvel élan à ce courant et favorise la scission lors du congrès de Tours, en 1920, entre les socialistes et les révolutionnaires, qui fondent alors le Parti communiste français (PCF). Refusant le clivage gauche-droite, les communistes lui opposent celui de classe contre classe et considèrent les socialistes comme des alliés des partis réactionnaires, avant de prôner une alliance générale des forces antifascistes dans les années 1930, telle qu’elle se réalise lors du Front populaire (voir antifascisme). Progressivement, le PCF, principal représentant du courant révolutionnaire, tend à s’intégrer au jeu parlementaire et à rechercher l’alliance avec les socialistes. Ce recentrage favorise l’essor de mouvements gauchistes, issus des différentes tendances de la révolution russe de 1917, comme les trotskistes, ou chinoise, comme les maoïstes, ou de la tradition révolutionnaire française, comme les anarchistes. L’extrême-gauche connaît son heure de gloire en Mai 68, où son influence au sein de la société est importante au niveau de ses valeurs, mais elle ne pèse pas d’un poids politique réel.
| 4. | La gauche française contemporaine |
La gauche des années 1990-2000 ne ressemble plus guère à celle d’il y a un siècle, voire d’il y a cinquante ans seulement.
Aujourd’hui la gauche se nourrit principalement de deux grandes aspirations : l’une de nature éthique et culturelle, qui s’oppose aux valeurs autoritaires et défend le pluralisme ethnique comme la libération des mœurs ; l’autre, qui se veut fondée sur une réflexion socio-économique et entend s’opposer au libéralisme et lutter pour la défense des acquis sociaux. Entre ces deux aspirations, il existe une pluralité de combinaisons qui offre un spectre large de motivations dont l’ensemble composite et divers se retrouve sous l’étiquette de gauche, comme en témoigne la victoire de la coalition dite de la « gauche plurielle » lors des élections anticipées de juin 1997.
En effet, la gauche au pouvoir sous la direction de Lionel Jospin recèle, par rapport à celle de 1981, plusieurs différences importantes. Le Parti socialiste (PS), qui tente de « solder » l’héritage du mitterrandisme, s’efforce de renouer avec la morale et la politique, tout en remettant l’aspect social au centre de sa problématique. Le Parti communiste français (PCF), sous l’impulsion de Robert Hue, s’attache à se démarquer de son héritage stalinien en mêlant soutien sans faille au PS et révision doctrinale, tandis que le Parti radical de gauche (PRG) s’applique à défendre individualisme et solidarité. D’autres courants sont venus s’ajouter : le Mouvement des citoyens (MDC) fondé par Jean-Pierre Chevènement, qui défend la tradition républicaine et volontiers nationaliste de la gauche anti-européenne ; les Verts de Dominique Voynet, qui allient écologie et réformes sociales, mettant en avant une logique antiproductiviste.
Surtout, ce qui constitue la principale originalité de cette gauche, c’est d’accepter d’être enfin plurielle et loin de vouloir combler ou lutter contre ses divisions, d’en faire sa principale dynamique. Jusqu’à présent en effet, la gauche s’est par trop attachée à être d’un seul bloc en excluant de ses rangs les différentes formations qui ne se reconnaissent qu’en partie dans sa philosophie.
Cependant, cette dimension plurielle n’empêche pas que se développe un courant de contestation situé à « gauche de la gauche », qui regroupe des éléments divers allant de Lutte ouvrière (LO) d’Arlette Laguiller aux associations de chômeurs en passant par le mouvement des sans-papiers ou encore les nombreux collectifs anti-mondialisation. Portée vers une gestion libérale souvent perçue comme néfaste et dangereuse par les syndicats et les salariés soucieux de préserver des acquis sociaux obtenus parfois avec difficulté, la gauche plurielle est sanctionnée lors de l’élection présidentielle en 2002 : le candidat et Premier ministre sortant Lionel Jospin termine à la troisième place au premier tour. Éliminé de la course à la présidence, ce dernier annonce immédiatement son retrait de la vie politique ; la gauche est désormais contrainte de se repositionner clairement sur l’échiquier politique et de se reconstruire une identité prenant notamment en compte le vote massif qui s’est porté vers l’extrême gauche (plus de 10 p. 100 des voix), mais également l’échec du Parti communiste (3,37 p. 100 des suffrages) et les dissensions nées au sein même du PS. Après avoir été contrainte de faire campagne en faveur d’une nouvelle cohabitation dans la perspective des élections législatives au mois de juin, la gauche connaît à nouveau la défaite. Elle passe de 314 à 179 députés à l’Assemblée nationale, le Parti socialiste étant la composante de l’ancienne gauche plurielle, rebaptisée gauche unie, qui résiste le mieux.
Mais, à l’occasion des élections régionales et cantonales de mars 2004, la gauche unie remporte une victoire d’une ampleur inattendue. Pour la première fois depuis 1981, la gauche atteint en effet la majorité absolue en voix, aux élections régionales. Forte de 50,34 p. 100 des suffrages exprimés, elle remporte 13 Régions sur les 14 que détenait la droite et en préside désormais 24 sur 26. Aux élections cantonales, pour la première fois depuis leur création en 1790, une majorité de départements est dirigée par la gauche. 11 départements ont basculé à gauche, qui en préside désormais 51 (dont 41 pour le PS) contre 49 pour la droite. Ce succès est confirmé lors des élections européennes de juin 2004 qui voient l’ensemble de la gauche recueillir 42,86 p. 100 des voix et lors des élections sénatoriales de septembre 2004, à l’issue desquelles l’UMP perd la majorité absolue au Sénat. En revanche, l’élection présidentielle de 2007 marque l’échec de la gauche. Au premier tour de scrutin, les cinq candidats d’extrême gauche sont en fort recul par rapport à 2002, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) étant la seule à se maintenir. Le second tour voit la défaite de Ségolène Royal (46,94 p. 100 des suffrages exprimés) face à Nicolas Sarkozy (53,06 p. 100). Confrontés à une droite décomplexée par le discours sarkozyste sur les valeurs (travail, autorité, mérite, respect…), certains appellent à une alliance nouvelle entre les Verts, le PS et les centristes, tandis que d’autres entendent revenir aux fondamentaux et renforcer l’alliance de toute la gauche.