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| 3. | La gauche française au xxe siècle |
Si les partis se réclamant des libéraux de la Restauration et ceux composant les Républicains opportunistes n’ont pas survécu aux combats dont ils étaient issus, en revanche les radicaux, apparus dans la deuxième moitié du xixe siècle, continuent de représenter aujourd’hui encore l’un des trois grands courants, avec les socialistes et les communistes, qui structurent l’ensemble de la gauche française.
| 1. | La gauche radicale |
L’essor du Parti radical et radical-socialiste, le premier parti à se constituer en France en 1901, marque à la fois l’apogée d’un combat mené tout au long du xixe siècle et l’émergence d’une nouvelle doctrine sociale qui mêle égalitarisme et individualisme. S’affirmant au cours de l’affaire Dreyfus, constituant avec les républicains opportunistes et les partis socialistes un Bloc des gauches (1899), première réunion des familles de gauche, les radicaux accèdent au pouvoir au début du xxe siècle et assurent définitivement le succès du combat républicain. Surtout, ils mènent la lutte anticléricale qui s’est affirmée au fur et à mesure du xixe siècle comme l’une des grandes revendications de la gauche et font adopter la loi de séparation de l’Église et de l’État. Mais leur vision de la société demeure marquée par un attachement à la petite propriété, hostile aux puissances d’argent comme aux socialistes, dans la recherche d’une troisième voie, théorisée par Léon Bourgeois.
L’ambiguïté de cette position leur vaut de s’allier alternativement avec les partis centristes ou de droite, et les partis de gauche, notamment lors de l’expérience du Cartel des gauches (1924-1926) et du Front populaire (1936-1938). Principale formation politique jusqu’en 1940, les radicaux connaissent un lent déclin au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que de nombreuses divisions jusqu’en 1971, date à laquelle une partie rejoint la droite puis fonde l’Union pour la démocratie française (UDF) en 1978 et une autre partie, le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), s’allie avec les socialistes et les communistes, signe le Programme commun de gouvernement en 1972 et demeure aujourd’hui très proche du Parti socialiste (PS).
De fait, durant toute la première moitié du xxe siècle, la gauche se réunit dans sa volonté d’émanciper les puissances publiques et les consciences du contrôle de l’Église, et entend rompre avec un passé où elle assimile absolutisme monarchique, féodalité, cléricalisme et intolérance.
Mais à mesure que la laïcisation dénoue le clivage religieux, la gauche se recompose sur de nouveaux clivages.
Refusant de placer la question sociale au centre de leur programme, les radicaux se trouvent confrontés à l’essor de nouvelles formations sur leur gauche, à savoir les socialistes et les révolutionnaires.
| 2. | La gauche socialiste |
Si, comme les révolutionnaires, les socialistes envisagent la politique au travers du prisme social, ils divergent cependant sur les méthodes et l’action à mener.
Héritier d’un mouvement qui voit le jour au lendemain de 1830, la gauche socialiste, frappée par la répression lors des émeutes de juin 1848 puis lors de la Commune, commence véritablement à s’organiser en France à la fin du xixe siècle. En adoptant la théorie marxiste, elle entend faire de la conquête du pouvoir par le prolétariat et de l’instauration d’un système où la propriété collective des moyens de production serait la base de l’organisation sociale, le but ultime de son action. Sa progressive unification sous l’impulsion de Jean Jaurès, qui aboutit à la constitution en 1905 de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), s’accompagne cependant d’une évolution vers le réformisme social et d’une intégration dans le jeu politique parlementaire. Soutenant le Bloc des gauches, puis les radicaux au sein du Cartel des gauches, la SFIO accède au gouvernement en 1936 avec Léon Blum, à la tête du Front populaire. La politique menée alors consiste en une série de lois sociales importantes qui visent non pas à transformer la société, mais à la réformer. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la SFIO continue certes à jouer un rôle politique certain sous la IVe République mais ne parvient pas à prendre en compte les changements intervenus en France et dans le monde.
La SFIO disparaît en 1969 tandis que se constitue le Parti socialiste (PS) sous la direction de François Mitterrand. Rassemblant en son sein divers courants, depuis l’aile gauche du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialistes (CERES) de Jean-Pierre Chevènement jusqu’aux modérés proches du centre, en passant par les tenants d’une nouvelle gauche favorable à une approche antiautoritaire et décentralisée, le PS favorise l’union de la gauche en 1972 avec les communistes et le MRG. Porté au pouvoir au lendemain de l’élection de François Mitterrand en 1981, le PS synthétise un message de défense des intérêts des catégories sociales défavorisées et un message libéral sur les problèmes de société, et prône l’intervention de l’État dans le domaine économique, notamment par la planification et les nationalisations. Mais l’expérience du pouvoir et la mondialisation favorisent une évolution du PS qui, revenu au pouvoir en 1988, pratique une gestion plus libérale de l’économie, au grand dam de ses anciens alliés communistes.
| 3. | La gauche révolutionnaire |
Si les radicaux, durant la première moitié du xxe siècle, et les socialistes, surtout après la Première Guerre mondiale, dominent l’histoire de la gauche, il n’en reste pas moins que le courant révolutionnaire pèse d’un poids certain sur l’évolution de ce mouvement.
Se reconnaissant pour ancêtres les sans-culottes de l’an II, la dictature de Robespierre et la conspiration des Égaux dirigée par Babeuf, puis les ouvriers de juin 1848 et ceux de la Commune de 1871, cette gauche partage avec les radicaux l’anticléricalisme et, plus encore avec les socialistes, la primauté accordée au social. Mais elle refuse le système parlementaire et la démocratie bourgeoise, lui préférant la transformation violente de la société, et ce quelles que soient les différentes tendances qui animent cette gauche, que l’on envisage l’action d’une minorité (les blanquistes), par les attentats (les anarchistes), par les syndicats (syndicalistes révolutionnaires de la Confédération générale du travail (CGT)) ou enfin par un parti d’avant-garde qui organise la lutte des ouvriers (guesdistes).
La révolution bolchevique de 1917 donne un nouvel élan à ce courant et favorise la scission lors du congrès de Tours, en 1920, entre les socialistes et les révolutionnaires, qui fondent alors le Parti communiste français (PCF). Refusant le clivage gauche-droite, les communistes lui opposent celui de classe contre classe et considèrent les socialistes comme des alliés des partis réactionnaires, avant de prôner une alliance générale des forces antifascistes dans les années 1930, telle qu’elle se réalise lors du Front populaire (voir antifascisme). Progressivement, le PCF, principal représentant du courant révolutionnaire, tend à s’intégrer au jeu parlementaire et à rechercher l’alliance avec les socialistes. Ce recentrage favorise l’essor de mouvements gauchistes, issus des différentes tendances de la révolution russe de 1917, comme les trotskistes, ou chinoise, comme les maoïstes, ou de la tradition révolutionnaire française, comme les anarchistes. L’extrême-gauche connaît son heure de gloire en Mai 68, où son influence au sein de la société est importante au niveau de ses valeurs, mais elle ne pèse pas d’un poids politique réel.