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| 4. | La naissance des États-nations |
Les guerres de la Révolution et de l’Empire cristallisent à travers l’Europe un mouvement de prise de conscience nationale. Des pays morcelés comme l’Italie ou l’Allemagne commencent à se penser en tant que nations, par opposition à l’hégémonie française. Mme de Staël tente, dans un roman comme Corinne ou l’Italie et dans un traité comme De l’Allemagne, de définir la constitution de ces nations en relation avec un lieu, un climat d’une part, une histoire, une religion et une culture de l’autre.
Le mot « nation » domine toute la pensée et l’histoire du XIXe siècle. Les conflits européens inspirent à Ernest Renan son essai philosophique Qu’est-ce qu’une nation ? (1882). Renan met en avant les différents éléments constitutifs d’une nation : la race, la langue, la religion, la géographie, mais il ajoute que le fondement d’une nation est essentiellement affectif et intellectuel : « Une nation est une âme, un principe spirituel [...], c’est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements ; avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les questions essentielles pour être un peuple. » Pour Renan, la nation est le sentiment d’avoir un passé commun et un avenir à construire ensemble.
À cette conception « spirituelle » de la nation telle que l’expose Renan, qui souhaite le retour de l’Alsace-Lorraine dans la France et donc fonde la nation non sur la langue mais sur l’attachement à une communauté, s’oppose celle des Allemands Herder et Fichte, qui définissent la nation sur une base organiciste. La nation est un organisme, né de la géographie, mais plus encore d’une langue, de goûts et de caractères communs. Ainsi elle ne peut demeurer à travers l’histoire qu’en restant fidèle à sa propre culture. Chaque nation diffère donc des autres par son caractère. À la nation de Renan qui s’exprime, de façon universaliste — chaque nation est fondée sur le même principe de l’attachement de chaque peuple à une même communauté —, répond celle d’Herder : chaque nation existe intrinsèquement et de façon irréductible, différente, indépendante d’un État qui la constituerait, marquant ainsi la prééminence de la société sur l’État, mais ouvrant aussi la voie à un particularisme propre à chaque nation.
Les XIXe et XXe siècles voient se développer dans le monde une société de nations. La multiplication des liens internationaux conduit à la formation d’organisations supranationales, voire à la formation de fédérations nationales. En 1945, le droit des peuples est consacré par la Charte des Nations unies. Fortes de cette légitimité nouvelle, les revendications nationalistes et les mouvements d’indépendance se renforcent au sein des empires coloniaux. Ces mouvements conduisent, par des processus divers, à l’émancipation des nations asiatiques et africaines. La chute du communisme en Europe de l’Est et la décomposition de l’Union soviétique, à la fin du XXe siècle, provoquent un nouveau mouvement de construction nationale avec l’éclatement de l’ex-Yougoslavie en cinq États et l’émergence des États baltes, slaves et d’Asie centrale.