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Taylor, Charles (Canada)
1. Présentation

Taylor, Charles (Canada) (1931- ), philosophe canadien.

Immergé dans les problèmes multiculturalistes de son pays, Taylor a longtemps essayé de mettre en pratique ses idées au travers d’une activité engagée. Sa réflexion philosophique morale et politique traite des problèmes d’identité et d’intégration ethnique et culturelle au sein d’un espace libéral pluraliste. Il y a, pour lui, une diversité des biens dans laquelle « il faut rendre justice à la différence et à l’unité ». L’efficience pratique prend donc une importance réelle.

2. Les sources de l’identité moderne

L’idéal moral est lié à l’histoire et aux évolutions culturelles. Il s’accomplit dans la recherche d’une « authenticité » (histoire, traditions, culture) dont les sources sont celles du sentiment moderne d’identité personnelle où « chacun de nous est sa propre mesure ». Il y a deux types de revendications humaines qu’il s’agit de concilier : l’une est celle de l’appartenance à la communauté humaine dans son ensemble, et l’autre exige que l’on reconnaisse la différence, l’individualité, la dignité de la personne au sein de la communauté.

Les sources du moi ne peuvent être situées dans le moi lui-même : on ne peut devenir un « moi » sans référence à ce qui nous entoure. Il ne peut y avoir d’« identité » en dehors de tout cadre extérieur à soi et de toutes dimensions communicationnelles.

3. Une morale réaliste

Taylor plaide pour une morale réaliste, qui prendrait en compte l’histoire et la psychologie, et qui permettrait d’articuler les exigences morales avec les possibilités de les réaliser effectivement. Prendre en compte la nature humaine permettrait d’éviter les utopies les plus désastreuses. Aussi Taylor entend fonder sa réflexion sur une « anthropologie philosophique » qui créerait une nouvelle ontologie, afin d’échapper à la prééminence actuelle de l’épistémologie. En particulier, il lui paraît intéressant d’étudier le rapport chair-langage-société : « retrouver le corps vécu, redécouvrir la chair, c’est recouvrer la société » !

4. Biens et société

Les biens constituent des normes pour le désir. Taylor donne la priorité au Bien sur le juste (à l’inverse de Rawls) et s’élève contre l’emprise des droits et de la justice procédurale dans le libéralisme contemporain, bien qu’il place au-dessus de tout, la justice, la bienveillance et les droits de l’individu. Les définitions des biens données par Taylor sont fondamentales : on se référera à ses écrits pour l’explicitation de ce qu’il entend par « biens de vie », « biens constitutifs », « biens convergents » et « biens communs ».

Refusant la distinction entre les faits et les valeurs, il considère que notre rapport au monde consiste à interpréter sans cesse notre orientation vers le Bien.

Plutôt que de théoriser gratuitement, Taylor nous touche dans la mesure où il est en prise directe avec les problèmes vivants de la société occidentale contemporaine.

Les ouvrages principaux de Charles Taylor sont les Sources du moi (1998), la Liberté des modernes (1997) et Malaise de la modernité (1994).