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Arroseur arrosé, l' [Louis Lumière], court métrage français de Louis Lumière, réalisé en 1895.
Pendant qu’un jardinier arrose son jardin, un enfant pose son pied sur le tuyau d’arrosage. Le jardinier, s’étonnant de ce que l’eau ne sort plus, examine l’embout de son tuyau. L’enfant retire son pied. C’est alors que l’arroseur se retrouve arrosé.
La première grande projection organisée par Louis et Auguste Lumière dans un café parisien, en 1895, est considérée comme l’acte fondateur du cinéma en même temps que du « spectateur de cinéma ». Il s’agit de l’Entrée du train en gare de La Ciotat ; les spectateurs, voyant le train arriver face à eux à vive allure, se cachent le visage et bondissent hors de leurs sièges. Cet événement est demeuré la preuve par excellence de l’effet de réalité dont est capable le cinéma : nous savons que l’image n’est pas la réalité mais nous ne pouvons nous empêcher d’y croire. Loin d’être uniquement des inventeurs, les frères Lumière sont donc également des artistes, engageant une pensée tout à fait singulière du cinéma. C’est ainsi que depuis un siècle, on a pris l’habitude d’opposer deux conceptions du cinéma, la première héritée des frères Lumière et la seconde du cinéaste George Méliès. À la première, on a donné le nom de documentaire, à la seconde, celui de fiction, ou encore de féerie. Dans le cinéma des Lumière, comme le montre cette célèbre « vue comique » (comme on appelait à l’époque l’Arroseur arrosé), le gag n’est pas le fait d’un truquage, il est directement inscrit dans le plan. Méliès, quant à lui, procède différemment puisqu’il construit la majorité de ses films à partir d’effets spéciaux. Comparer Lumière et Méliès revient donc à distinguer le cinéma d’enregistrement du cinéma de manipulation, distinguo quelque peu factice, et l’Arroseur arrosé est là pour le rappeler. Avec ce film, précurseur du « récit » cinématographique, les frères Lumière portent à l’écran la comédie et le suspense, et donc la fiction. Leur magie, en définitive, n’est pas moins grande que celle de Georges Méliès.