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Chantons sous la pluie [Gene Kelly et Stanley Donen]

Chantons sous la pluie [Gene Kelly et Stanley Donen] (Singin’ in the Rain), film américain en couleurs de Gene Kelly et Stanley Donen, réalisé en 1952.

À Hollywood en 1927, lors de la première de son film, la star américaine Don Lockwood (Gene Kelly), fuyant la foule de ses fans, trouve refuge dans la voiture d’une inconnue, Kathy Selden (Debbie Reynolds). La rencontre, hélas, se révèle vite orageuse. À l’occasion d’une fête d’anniversaire, Don retrouve Kathy qui, selon la tradition, jaillit d’un gâteau. La jeune femme apprécie peu de revoir Don dans une telle posture et, reprenant l’initiative, lui envoie une tarte à la crème. Le projectile manque sa cible et atteint Lina Lamont (Jean Hagen), partenaire de Don dans son prochain film, The Duelling Cavalier. Conçu à l’origine comme un film muet, The Duelling Cavalier est transformé en comédie musicale afin de répondre au triomphe du parlant. Mais Lina la star du muet étant affligée d’une voix de fausset insupportable, Don donne alors sa chance à Kathy pour la doubler secrètement. Après l’immense succès du film, le public veut entendre chanter Lina. Pour Don, c’est le moment de dénoncer l’imposture.

Si la réputation de Stanley Donen en tant qu’auteur de comédies musicales et de comédies « classiques », telles Indiscret (Indiscreet, 1958) ou Charade (1962), est considérable, on néglige parfois le cinéaste et le chorégraphe qu’a été le danseur Gene Kelly, responsable, par exemple, de l’extraordinaire ballet final d’Un Américain à Paris (An American in Paris, 1951) de Vincente Minnelli. Chantons sous la pluie, qui contient parmi les plus belles séquences chantées et dansées de toute l’histoire du cinéma, doit donc être porté au crédit commun de Stanley Donen et de Gene Kelly, duo auquel on doit aussi quelques autres réussites comme Un jour à New York (On the Town, 1948) et Beau fixe sur New York (It’s Always Fair Weather, 1955). Comme la plupart des comédies musicales, Chantons sous la pluie a pour sujet le cinéma lui-même, et s’attache à un moment crucial de son histoire : l’avènement du cinéma parlant. Le chant et la danse étant des célébrations du paraître, il était logique, sinon inévitable, que les comédies musicales choisissent comme cadre le show-business, où tout n’est que lumières, strass et décors clinquants. Tous les grands auteurs de musicals, Donen et Kelly bien sûr, mais aussi bien Vincente Minnelli et George Cukor, partagent cette matière. Mais, dans Chantons sous la pluie, on peut considérer que le sujet est double. Tout en représentant cette période charnière de l’histoire du cinéma, la mise en scène dévoile le mensonge constitutif de tout spectacle. Cette double préoccupation est d’ailleurs tout entière résumée dans le personnage de Lina, star du muet incapable de chanter et qui se trouve donc contrainte à l’imposture pour maintenir intacte son aura. À travers elle, Donen et Kelly font le portrait de tous ceux qui, stars ou acteurs de second rang, se retrouvèrent au chômage avec l’arrivée du parlant. Comme dans toute comédie musicale, la légèreté des scènes chantées va de pair avec une certaine gravité du message.