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Charrette fantôme, la [Victor Sjöström]

Charrette fantôme, la [Victor Sjöström] (Körkarlen), film muet suédois en noir et blanc de Victor Sjöström, réalisé en 1920.

David Holm (Victor Sjöström) est un brave ouvrier devenu alcoolique et clochard. Une salutiste dévouée, Edith (Astrid Holm), a bien tenté de le remettre dans le droit chemin, mais sa tentative a échoué. Grièvement blessé dans une bagarre entre vagabonds, David agonise. Le cocher de la mort vient à lui afin d’emporter son âme de pêcheur dans sa charrette fantôme. Ils rendent tous deux une dernière visite à Edith, malade, qui supplie le cocher de donner à David une chance de se racheter. Dans une vision, David voit sa femme qui, à bout de ressources, s’apprête à s’empoisonner avec ses deux petites filles. Touché par la détresse de David, le cocher le laisse repartir et emporte Edith à sa place.

Le riche courant qui anime la cinématographie suédoise à la fin des années 1910 et au début de la décennie suivante a souvent été comparé à l’expressionnisme allemand. S’il s’en rapproche par les thématiques explorées (le fantastique, le mysticisme lyrique ou romantique), il s’en distingue néanmoins considérablement par la forme et le style. Là où l’expressionnisme déforme les perspectives et stylise les décors à l’extrême pour appuyer l’étrangeté du propos, le cinéma de Victor Sjöström mise sur la force réaliste de l’image, la sobriété des éclairages et l’absence de maquillage. Les effets de surimpressions qui montrent la « charrette fantôme » évoluer sur les eaux ou traverser un mur sont conçus avec une simplicité qui leur restitue toute leur force d’apparition. En outre, Victor Sjöström est comparable à D. W. Griffith dans sa contribution à l’invention d’une syntaxe cinématographique. La souplesse et la subtilité de la construction de la Charrette fantôme, avec ses retours en arrière répétés, ses scènes parallèles et simultanées, apparaissent extraordinairement novateurs pour l’époque.

Deux remakes de la Charrette fantôme furent réalisés, l’un par Julien Duvivier en 1939 avec Louis Jouvet, Pierre Fresnay et Robert Le Vigan, le second par Arne Mattsson en 1958, aucun ne retrouvant la grâce primitive de l’original.