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Hernani, bataille d'

Hernani, bataille d', querelle littéraire et idéologique qui a opposé en 1830, autour de la représentation d’une pièce de Victor Hugo (Hernani), les partisans du classicisme et du romantisme.

Entendant devenir le chef de file des romantiques, Victor Hugo, dans la préface de Cromwell (1827), énonce ce que, pour lui, doit être le théâtre : le reflet du réel. Il juge de ce fait démodées les règles imposées par le classicisme hérité du Grand Siècle. Tout doit pouvoir être représenté, sans aucune restriction. Si de tels arguments soulèvent l’enthousiasme de la jeune garde romantique, Hugo doit cependant encore faire ses preuves sur la scène théâtrale : or Cromwell est réputée injouable et Marion Delorme (1829) censurée. Avec la création à la Comédie-Française d’Hernani ou l’honneur castillan, la bataille que doit donc livrer Hugo est une bataille décisive.

De leur côté, les classiques, dépités par l’énorme succès d’Henri III et sa cour d’Alexandre Dumas père, montent une cabale pour faire échouer les représentations d’Hernani. Leurs compères de la censure exigent des corrections, plus d’ordre politique et religieux que littéraire. Le climat s’envenime de jour en jour. Les répétitions sont agitées : la capricieuse Mlle Mars (interprète du rôle de Doña Sol) refuse de traiter son partenaire de « lion superbe et généreux », des sociétaires se plaignent des coûts de production.

Le jour de la première, le 25 février 1830, Hugo et sa femme Adèle répartissent leurs amis dans la salle de la rue de Richelieu et organisent la claque. Théophile Gautier, vêtu d’un gilet rouge (signe de provocation et de reconnaissance des ultraromantiques) mène ses troupes aux cheveux longs et aux barbes fleuries. La représentation est tumultueuse. Les « glabres » (on nomme ainsi les classiques, chauves et sans barbe) affectent de dormir. Au final, Hugo et sa clique gagnent la bataille d’Hernani mais c’est une victoire à la Pyrrhus. La Comédie-Française rechignera, pendant dix ans, à jouer les œuvres des romantiques, obligés de se replier sur la salle de la Porte Saint-Martin (qui deviendra leur fief dès 1831) ou sur l’Odéon.