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Nanouk l'Esquimau [Robert J. Flaherty] (Nanook of the North), film documentaire muet américain en noir et blanc de Robert J. Flaherty, réalisé en 1921 et sorti en 1922.
Ce film relate au jour le jour la vie de Nanouk l’esquimau, de sa famille, sa femme Nyla et ses deux enfants, et le chien Comock, au nord-est de la baie d’Hudson. Les journées sont entièrement consacrées à la chasse aux phoques et à la pêche, à la construction d’igloos et à la vente de peaux de renard, ou à des errances sans fin sur des traîneaux à chiens.
Avec Nanouk l’esquimau, Robert J. Flaherty est le premier cinéaste à donner au documentaire ses lettres de noblesse. Explorateur et prospecteur, Flaherty connaît bien son sujet pour avoir effectué cinq voyages dans la région depuis 1910, tout en sachant que la distance du cinéaste vis-à-vis de ce qu’il filme revêt autant d’importance que la réalité observée. Ici, le réel n’est pas copié mais est mis au service de tous les procédés du cinéma de fiction : mise en scène serrée, direction d’acteurs, ligne dramatique ascendante, reconstitution du quotidien. « Ce qui intéresse l’homme, c’est l’homme », Flaherty s’approprie cette pensée de Pascal et transforme Nanouk en éloge des qualités naturelles de l’être humain : intelligence instinctive et pratique, courage, refus du désespoir, faculté d’adaptation aux circonstances et rapport harmonieux avec la nature. Flaherty désire fixer un mode de vie intemporel valable pour l’homme universel autant que pour ce peuple particulier, et donner à son œuvre une valeur autant ethnologique que philosophique. Pour « témoigner », le cinéaste n’hésite pas à reconstituer et à recréer la vie de Nanouk qui rejoue des scènes anciennes et se prête volontiers à cette représentation de sa vie quotidienne. En cela, Flaherty ne fait en réalité qu’adopter la première tendance cinématographique illustrée par les frères Lumière qui envoyèrent leurs opérateurs aux quatre coins du monde pour rapporter des images des modes de vie étrangers et jusqu’alors inconnus. À son tour, Flaherty a eu ses héritiers : Nanouk l’esquimau et l’Homme d’Aran (Man of Aran, 1934) ont vivement influencé les œuvres ultérieures de cinéastes ethnographes comme Jean Rouch ou Joris Ivens.