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Napoléon [Abel Gance], film muet français en noir et blanc d’Abel Gance, tourné en 1925 et sorti en 1927.
Le film d’Abel Gance fait le récit de la vie de Napoléon Bonaparte (Albert Dieudonné), de son enfance à l’école militaire de Brienne jusqu’à la campagne d’Italie. Napoléon évoque ainsi les épisodes de la grotte de Casone, les premiers plans de batailles, l’ascension militaire de Napoléon ou la rencontre de celui-ci avec Joséphine de Beauharnais.
Même si Napoléon n’est en vérité qu’un fragment de la fresque géante qu’Abel Gance aurait voulu consacrer au personnage (et qui devait comporter pas moins de huit épisodes), le film reste son œuvre la plus célèbre et demeure l’une des entreprises les plus monumentales de toute l’histoire du cinéma français. Inspiré par Naissance d’une nation (Birth of a Nation, 1915) de l’Américain David Wark Griffith, le cinéaste a voulu créer une sorte d’équivalent français à l’épopée hollywoodienne. Mais Gance ne se contente pas de l’éclat et de l’envergure impressionnante du spectacle, il s’essaie aux innovations techniques les plus audacieuses ; en artiste, il expérimente : ainsi en est-il des multiples procédés de caméra subjective, des mouvements d’appareils incessants, de l’utilisation systématique du montage court, des surimpressions et surtout de la célèbre division de l’écran en triptyque d’images différentes. Comme son maître américain, le cinéaste français s’amuse à mêler les personnages les plus anodins aux grandes figures de la France de l’époque. La malice de Gance tient aussi à sa façon de comparer sa trajectoire de cinéaste à celle de son héros, peint comme un créateur solitaire et ombrageux dont les idées audacieuses et visionnaires sont systématiquement accueillies avec méfiance et dédain. Gance se démarque toutefois de Griffith en se permettant une fidélité approximative à la vérité historique. Compte moins pour lui le respect des événements que leur puissance poétique et lyrique ; ainsi invente-t-il la rencontre entre Napoléon et Rouget de Lisle. Le cinéaste marie les tons et les genres, de la chronique guerrière au mélodrame, du délire visuel aux petites touches ironiques et humoristiques. Son Napoléon reste le film de chevet de grands cinéastes visuels et démiurges comme Stanley Kubrick ou Francis Ford Coppola (qui demandera en 1981 au Britannique Kevin Brownlow de reconstituer l’intégralité du film).