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To Be or not to Be [Ernst Lubitsch]

To Be or not to Be [Ernst Lubitsch], film américain en noir et blanc d’Ernst Lubitsch, réalisé en 1942.

Pendant le mois d’août 1939 à Varsovie, la troupe théâtrale de Joseph et Maria Tura répète Gestapo, une pièce sur les nazis, bientôt interdite par les autorités, et ils jouent le soir Hamlet de William Shakespeare. Au cours d’une représentation, au moment où le comédien Joseph Tura (Jack Benny) entame le célèbre monologue de Hamlet (« To be or not to be... »), un spectateur, le lieutenant aviateur Stanislav Sobinski (Robert Stack) quitte brusquement la salle pour retrouver Maria Tura (Carole Lombard) en coulisses. Mais la guerre éclate et Hitler envahit Varsovie et la Pologne. Réfugié en Angleterre, l’aviateur se voit confier une mission périlleuse par les services secrets anglais : il doit empêcher un espion allemand de démanteler la résistance polonaise à Varsovie. Sur place, il reçoit l’appui de Maria et des comédiens de la troupe qui, déguisés en officiers allemands, parviennent à déjouer les plans nazis puis à s’envoler pour Londres.

Mal accueilli à sa sortie, vilipendé par la critique, aussi bien française qu’américaine, To Be or not to Be est devenu l’un des films les plus admirés d’Ernst Lubitsch. Loin d’être seulement une farce burlesque comme Lubitsch en réalise plusieurs dans les années 1930-1940 (The Shop Around the Corner, 1940 ; Haute Pègre, 1932), To Be or not to Be est surtout un modèle de film politique. En 1942, tandis que Hollywood participe à l’effort de guerre et œuvre à la propagande antinazie avec des films comme Les bourreaux meurent aussi (Hangmen Also Die !, 1943) de Fritz Lang ou le Dictateur (The Great Dictator, 1940) de Charlie Chaplin, Ernst Lubitsch, quant à lui, réalise avec To Be or not to Be la conjonction rare, en efficacité et en beauté, du comique et du politique. Lubitsch est un cinéaste du jeu qui, au moyen d’un subtil système de faux-semblants, de simulacres et de postiches, fait bien plus que tourner en dérision le système nazi : il attaque et souligne en lui ses aspects ostentatoires permanents. Le rire jaillit du spectacle de tous les ratés, de tous les lapsus et de toutes les imperfections de l’odieuse mise en scène nazie dont la troupe de Tura, par ses agissements, est le miroir révélateur. Lubitsch atteint ici pleinement ses objectifs et donne à cette comédie la dimension d'une œuvre d’art.