| Format recherche | Rougon-Macquart, les [Émile Zola] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Rougon-Macquart, les [Émile Zola], cycle romanesque écrit et publié par Émile Zola entre 1871 et 1893, d’abord en feuilleton dans la presse, puis en volumes.
| 2. | Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire |
Cette « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire » — sous-titre donné par l’auteur lui-même — constitue une vaste fresque naturaliste qui retrace la destinée des Rougon-Macquart sur cinq générations, en montrant combien à la fois l’hérédité et le milieu social pèsent sur les individus.
Le cycle est constitué de vingt romans. Il s’ouvre avec la Fortune des Rougon (1871), texte portant sur les origines de la famille et du second Empire ; la folie de l’aïeule, tante Dide, aura des répercussions sur les descendants au fil des générations, à la manière d’une tare originelle. C’est le Docteur Pascal (1893) qui clôt l’ensemble du cycle, à la fois parce qu’il en est le vingtième et dernier roman et parce que son héros, qui effectue des recherches sur l’hérédité, prend l’histoire de sa propre famille comme terrain d’observation ; il porte ainsi un regard scientifique et rétrospectif sur l’ensemble de l’œuvre.
| 3. | De Gervaise à Lantier |
Certains des titres ont connu un succès tout particulier. C’est le cas de l’Assommoir (1877), septième roman centré sur le personnage de Gervaise et dont l’action se déroule dans le quartier de la Goutte-d’Or, à Paris. Gervaise, blanchisseuse honnête et travailleuse, vit avec son amant, Auguste Lantier, dont elle a deux enfants. Lorsqu’il l’abandonne, elle épouse Coupeau, ouvrier zingueur. Le ménage est prospère, jusqu’à l’accident qui précipite Coupeau au bas d’un toit. Gervaise lutte un moment, ouvrant même sa propre blanchisserie. Mais la déchéance physique et morale, accélérée par le retour de Lantier, a peu à peu raison des époux. Gervaise cesse de travailler, se met à boire et meurt dans le dénuement le plus absolu.
Germinal (1885) est le second roman « ouvrier » du cycle, mais le treizième volet. Il est construit autour du personnage d’Étienne Lantier, fils de Gervaise. Roman de la « lutte du capital et du travail » selon Émile Zola, Germinal fait vivre au lecteur la naissance du mouvement ouvrier chez les mineurs, qui vivent dans des conditions très difficiles. Loin d’être un roman à thèse, Germinal s’incarne, comme tous les romans du cycle, dans des personnages attachants et contrastés : Étienne, venu chercher du travail à la mine, entraîne les autres dans la révolte et dans la grève. Il aime Catherine, et finit par tuer Chaval, son rival, dans la mine. Si la grève se solde par un échec, elle a tout de même révélé aux ouvriers leur pouvoir d’action.
| 4. | Le miroir d’une époque |
Paris, bouleversé par les travaux d’Haussmann et la Révolution industrielle, est au centre de plusieurs romans : dans la Curée (1871), le spéculateur Aristide Rougon parvient à y faire fortune ; dans le Ventre de Paris (1873), on pénètre dans l’univers des halles, cet « organe » qui alimente sans trêve le grand corps de la ville. D’autres thèmes reviennent en leitmotiv, tels l’éducation des filles (Une page d’amour, 1878), la terre (la Terre, 1887), la lutte entre pureté et passion charnelle (la Faute de l’abbé Mouret, 1875), le contraste entre la vertueuse façade de l’existence bourgeoise et ce qu’elle cache (Pot-Bouille, 1882).
| 5. | Une documentation scientifique |
Émile Zola peint la société du second Empire dans sa diversité, mettant en évidence sa dureté envers les ouvriers, ses turpitudes (Nana, 1880), mais aussi ses succès (l’avènement des grands magasins dans Au Bonheur des Dames, 1883). Dans une recherche de la vérité qui prend pour modèle les méthodes scientifiques, Émile Zola accumule sur chaque sujet observations directes et documentation. Mais il ne s’en tient pas au simple constat et élève au niveau du mythe ce qui aurait pu rester une vaste chronique historique. Par son sens aigu du détail « qui sonne juste » et de la métaphore efficace, par le rythme de ses phrases et de ses constructions narratives, il crée un monde fictif puissant, habité par des interrogations angoissées sur le corps humain et le corps social.