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Contemplations, les [Victor Hugo], œuvre poétique de Victor Hugo, publiée en 1856.
Ce recueil de poèmes date de la maturité du poète. Celui-ci y maîtrise parfaitement son art poétique, tant sur le plan formel que thématique. En effet, Victor Hugo alterne les textes courts (« Demain dès l’aube... ») et les poèmes-fleuves comme « les Mages » ou « Ce que dit la bouche d’ombre », qui se déploient sur vingt pages chacun ; il est aussi à l’aise dans le maniement du vers alexandrin que dans des vers plus courts, comme l’octosyllabe ou l’heptasyllabe (« Je respire où tu palpites »), et dans les divers types de poèmes (voir Poésie ; Versification). Ses sujets de prédilection — la nature, les relations humaines, le rôle de la poésie, la religiosité — sont fréquemment attestés dans son recueil des Contemplations, qui laisse transparaître la volonté du poète (devenu mage) d’élever l’art poétique à une véritable religion. Le vers célèbre « Car le Mot c’est le Verbe, et le Verbe c’est Dieu » pourrait servir d’épigraphe à l’œuvre, constamment tendue vers un lyrisme hyperbolique qui incarne la conception absolue que le poète se fait de son art. C’est aussi dans ce recueil que se trouve le fameux « Réponse à un acte d’accusation », qui atteste du vent révolutionnaire que Hugo a fait souffler sur la poésie classique, en la libérant des multiples contraintes qui l’enserraient : « Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire ».
Mais l’on ne saisit pas toute l’importance du recueil si l’on néglige de considérer son architecture, telle que voulue par l’auteur. En effet, les Contemplations est divisé en deux parties distinctes, « Autrefois » et « Aujourd’hui », qui correspondent aux dates de composition générale, quoiqu’il soit préférable de ne pas trop attacher d’importance à l’apparente précision de cette chronologie, dans la mesure où Hugo a antidaté de nombreuses pièces. La véritable signification de ce découpage binaire est d’ordre personnel : sur la ligne de partage se situe le drame de la mort par noyade de la fille de Hugo, Léopoldine, en 1843, qui lui inspire un célèbre poème commémoratif quatre ans plus tard : « À Villequier ». À elle seule, cette division suffit à donner à l’ensemble du recueil toute sa dimension pathétique.