Nouvelle Revue française, la [N.R.F.]
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Nouvelle Revue française, la [N.R.F.]
2. L’ère d’André Gide : le haut lieu de la création littéraire

Au début de l’année 1908, un groupe d’écrivains, dont Eugène Montfort (1857-1940), Charles-Louis Philippe (1874-1909), Henri Ghéon (1875-1944), André Ruyters (1876-1950) et Michel Arnauld (pseudonyme de Marcel Drouin, 1870-1943), envisage la création d’une nouvelle revue littéraire, dont le titre, la Nouvelle Revue française (N.R.F.), est choisi par Eugène Montfort. Le 15 novembre paraît le premier numéro auquel participent également André Gide, Jacques Copeau et Jean Schlumberger (1877-1968). Mais c’est un « faux départ », car le groupe se sépare à cause de dissensions entre André Gide et Eugène Montfort (en réalité la plupart des cofondateurs ne sont pas satisfaits du premier numéro). La Nouvelle Revue française (N.R.F.) publie donc son véritable premier numéro, sans Eugène Montfort, en février 1909. Si les cofondateurs ont tous déjà collaboré à d’autres revues, André Gide est le seul dont l’œuvre et la carrière littéraire font, aux yeux de ses amis « un directeur de conscience ». Pour André Gide, il s’agit, avec la N.R.F., de fonder la « revue future » qui cherche non pas à ressusciter le symbolisme ou à former une école littéraire, mais à favoriser l’expression d’un goût et d’une pensée propres. Les premiers auteurs de la N.R.F. sont Romain Rolland, André Suarès, Paul Claudel, Léon-Paul Fargue, Valéry Larbaud et Jacques Rivière.

En mai 1911, André Gide et Jean Schlumberger, sous l’impulsion de Paul Claudel, s’associent à Gaston Gallimard afin d’ouvrir un comptoir d’édition (c’est la naissance des Éditions de la Nouvelle Revue, futures Éditions Gallimard). Après des différends entre les trois fondateurs, Gaston Gallimard devient officiellement le seul propriétaire de la N.R.F. En 1913, Jacques Copeau, alors directeur de la revue, crée le théâtre du Vieux-Colombier qui partage les mêmes ambitions esthétiques que la revue. Le dynamisme que déploient ces grands acteurs de l’édition française du début du siècle (ils publient dans la revue Alain-Fournier, Stéphane Mallarmé, Guillaume Apollinaire, Jean Giraudoux, Marcel Proust, Paul Valéry, Roger Martin du Gard et des auteurs étrangers tels John Keats, Oscar Miosz, Henrik Ibsen, Miguel de Unamuno ou Rabindranath Tagore) n’apporte cependant qu’un nombre modeste d’abonnés (on en compte 1 400 en 1914). Pendant la Première Guerre mondiale, les collaborateurs et les auteurs sont dispersés, la publication s’interrompt donc et ne reprend qu’en 1919.