| Nouvelle Revue française, la [N.R.F.] | Format lecture | ||||
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| 3. | De Jacques Rivière à Drieu La Rochelle : du succès à la tutelle allemande |
L’âge d’or de la revue vient avec l’arrivée de Jacques Rivière, nommé directeur en juin 1919, dont l’ambition est de « faire cesser la contrainte que la guerre exerce encore sur les intelligences ». Malgré les critiques des cofondateurs, Jacques Rivière réussit à relancer la revue (plus de 2 700 abonnés en 1920) et à attirer toute la génération montante de la littérature, celle issue du symbolisme autant que celle issue du surréalisme et de Dada, qui veut voir son nom sur la célèbre couverture blanche de la N.R.F.. Henry de Montherlant, Pierre Drieu La Rochelle, Paul Morand, André Breton, Paul Éluard, Louis Aragon, Jules Supervielle, Philippe Soupault, André Malraux, Francis Ponge ou Jean Cocteau collaborent à la revue, devenue un carrefour incontournable de la littérature françaises. Alors que la revue se refusait à toute entrée en politique à ses débuts, elle crée à cette époque la rubrique « l’Air du mois », qui commente l’actualité.
La disparition de Jacques Rivière ne freine pas ce développement. Gaston Gallimard en assure la poursuite, secondé par Jean Paulhan qui, secrétaire de la revue depuis 1920, en devient le rédacteur en chef en 1925, avant d’en être officiellement son nouveau directeur en 1935. C’est avec ce dernier, sorte d’« éminence grise » des lettres, que la revue prend son véritable essor et dépasse pour certains numéros les 10 000 exemplaires. Ses détracteurs, Charles Maurras en tête, ne cessent cependant de trouver la « chapelle N.R.F. » confuse et ennuyeuse.
En 1939, la France et l’Allemagne entrent en guerre. La revue s’arrête en juin 1940 pour reprendre sa parution en décembre. Pierre Drieu La Rochelle, d’une sensibilité proche de celle des collaborateurs, est appelé à diriger la N.R.F., placée alors sous tutelle allemande. En janvier 1943, dans un « Bilan », il avoue son désintérêt pour la revue et l’échec de son projet directorial. Malgré les tentatives faites pour le remplacer par Jacques Lemarchand (1908-1974) ou Ramon Fernandez (1894-1944), la revue cesse de paraître en juin 1943.