décolonisation
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2. Les prémisses

La colonisation se voit justifiée non seulement par les avantages économiques qu’elle représente pour les puissances européennes, mais aussi par le développement qu’une telle situation assure aux pays colonisés. Selon la doctrine admise alors, la colonisation est devenue un système d’échanges entre les métropoles, qui vendent leurs produits manufacturés à leurs possessions d’outre-mer, et ces dernières, qui apportent leurs ressources et leur main-d’œuvre. L’action « civilisatrice » des pays européens doit surtout permettre aux populations soumises d’accéder progressivement au niveau social, culturel et moral des puissances colonisatrices ; à terme donc, la colonisation doit disparaître. Mais les termes de cette échéance demeurent fort lointains dans l’esprit des métropoles. Certes, la participation des colonies à l’effort de guerre entre 1914 et 1918 a suscité l’espoir de voir se modifier les rapports entre les deux parties, mais, dès 1919, les puissances coloniales reprennent comme avant leur domination. Seules les colonies de peuplement comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud voient leur situation se modifier, passant d’un statut de subordination à une position d’égalité au sein du Commonwealth.

Cependant, même si durant l’entre-deux-guerres les puissances coloniales ne voient pas la stabilité de leurs empires remise en cause, les idées nationalistes chez les peuples colonisés connaissent un essor certain.

Le retard économique des pays coloniaux s’avère très important et les métropoles ne font rien pour le combler. Au contraire, elles s’en tiennent à l’idée que chaque colonie doit pouvoir prendre en charge ses propres investissements pour se développer et coûter le moins possible aux contribuables européens. Mais, ce faisant, les puissances coloniales doivent s’appuyer sur les autorités traditionnelles pour administrer les différents pays, permettant ainsi aux cadres administratifs et politiques des futures indépendances de se mettre en place.

La colonisation favorise surtout l’apparition et le développement d’élites locales, commerçants, négociants, bourgeois et intellectuels, qui restent exclues du pouvoir confisqué par les colons et le personnel de la métropole. Leurs frustrations les incitent à se radicaliser peu à peu et à abandonner leurs revendications tendant à l’assimilation pour devenir nationalistes. Formés en métropole, frottés à la culture et aux idées occidentales, ils utilisent les valeurs telles que l’État-nation, la république, le socialisme ou le libéralisme pour dénoncer le colonialisme et justifier leurs revendications à l’indépendance.

Dans le même temps, en Europe, dès 1919, se diffusent les idéaux défendus par le président Thomas Woodrow Wilson, concernant en particulier le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, thème qui rencontre chez les colonisés une forte résonance, ainsi que ceux de l’anticolonialisme et du communisme, qui fait de la lutte anti-impérialiste l’un des points principaux de son programme. Cette diffusion favorise l’émergence d’un courant intellectuel et politique hostile au maintien de l’empire colonial, qui s’efforce en métropole même de soutenir, voire de relayer, les mouvements indépendantistes. Plusieurs tentatives ont lieu pour répondre à cette attente mais, soit que les solutions envisagées aient été trop timides, soit que les colons s’y soient opposés fortement, elles n’aboutissent pas, comme en témoigne l’échec du projet Blum-Violette visant, en 1936, à octroyer le droit de vote à 25 000 Algériens.

Dans les colonies mêmes, les premiers mouvements s’esquissent et connaissent parfois le succès. En Égypte, le parti nationaliste, le Wafd, triomphe lors des élections de 1924 ; il accède ainsi au pouvoir et incite les Britanniques à négocier l’évacuation de leurs troupes du pays (1936) sauf dans la zone du canal de Suez. De même, en Irak, les Britanniques préfèrent prendre les devants et signent avec les Irakiens un accord leur permettant de conserver des bases militaires tout en accordant la souveraineté à Bagdad.

D’autres actions jettent les bases d’une future indépendance et ont, par leur portée symbolique, un retentissement mondial qui favorise la prise de conscience du problème par l’opinion publique internationale, comme les campagnes de boycott menées en Inde dans les années trente par Gandhi sous le signe de la non-violence.

De nombreux partis, futurs cadres politiques de l’action nationaliste, se créent également : dans les Indes néerlandaises, le Parti nationaliste indonésien (PNI), fondé par Sukarno en 1927 ; en Tunisie, le Néo-Destour, par Habib Bourguiba en 1934 ; en Algérie, l’Étoile nord-africaine (1926), puis le parti du Peuple algérien (1936), par Messali Hadj. Dans le même temps, l’essor du communisme dans les colonies entraîne la fondation de nombreux partis communistes, tel celui du Viêt Nam par Hô Chí Minh en 1930.

Des révoltes se font jour, principalement dans l’empire colonial français, notamment au Liban où les Druzes se soulèvent en 1925, en Indochine (mutinerie de Yen Bay en 1931) et surtout au Maroc (guerre du Rif, de 1925 à 1926 contre les Français), à chaque fois très lourdement réprimées par l’armée française, le général Sarrail n’hésitant pas, pour mater les Druzes, à faire bombarder Damas.