| Format recherche | Assommoir, l' [Émile Zola] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Assommoir, l' [Émile Zola], septième roman du cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola. Paru d’abord en feuilleton dans le Bien public puis la République des Lettres, il est publié en volumes en 1877. Le très grand succès de ce « roman du peuple » permet à Zola d’acheter sa maison de Médan et en fait le héraut du naturalisme.
| 2. | La passion d’une héroïne aliénée |
Gervaise Macquart, fille d’Antoine (voir la Fortune des Rougon) et sœur de Lisa (voir le Ventre de Paris), a quitté Plassans pour s’installer avec son amant, Lantier, dans le quartier populaire de la Goutte-d’Or. Il va l’abandonner avec leurs deux enfants, Étienne (futur héros de Germinal) et Claude (personnage principal de l’Œuvre). Gervaise travaille comme blanchisseuse et épouse Coupeau, un ouvrier zingueur. Une fille naît de leur union, Nana (voir Nana). Le couple est heureux et assez prospère, jusqu’au jour où Coupeau tombe d’un toit et se casse une jambe. L’alambic du père Colombe et l’absinthe qu’il distille vont peu à peu entraîner l’héroïne dans les cercles concentriques de la déchéance et de la misère. Coupeau s’enivre, retrouve Lantier et l’installe au foyer avant de mourir de delirium tremens (alcoolisme). Les logements les plus misérables accueillent Gervaise et sa famille. On la retrouve un jour, seule, morte de faim dans l’abri d’un dessous d’escalier.
| 3. | Une tragédie de la misère |
L’ambition du romancier est marquée par le désir de rivaliser avec le succès des Misérables de Victor Hugo. Gervaise est une figure de roman populaire, jolie, courageuse et méritante, avilie par le milieu social et l’alcool ; son destin prend ainsi une dimension pathétique. Le recours au ressort de la fatalité vient donner densité à cette trame : l’héroïne est rattrapée par les pesanteurs de l’histoire sociale et de l’histoire naturelle. Le fatum antique devient alors, chez Zola, à la fois, la tare d’un Paris impérial corrompu (né du viol de l’histoire et de la République que fut le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte) et la tare héréditaire d’une famille Rougon-Macquart marquée par un viol originel. Zola naturaliste n’est pas seulement l’enquêteur méticuleux, peintre réaliste du milieu ouvrier. Dans cette mise en scène d’une exploitation généralisée, sociale, sexuelle et sentimentale, la jubilation descriptive vient donner à voir les monstres de l’ère industrielle : en particulier l’alambic du père Colombe. Cette machine de cuivre est l’emblème de l’engrenage narratif et de la machinerie historique : l’énergie ou le progrès, qui les meuvent, génèrent inéluctablement la dépense, la perte.
À sa sortie, le roman suscite un scandale public qui contribue à son succès éditorial et marchand. La version scénique de Busnach et Gastineau (1879), jouée dans les théâtres parisiens des Grands Boulevards et à l’étranger, est la première d’une nombreuse série d’adaptations. Le cinéma propose une dizaine de versions du roman, dont le Rêve d’un buveur dès 1898, ou Gervaise de René Clément en 1955.