| Assommoir, l' [Émile Zola] | Format lecture | ||||
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| 3. | Une tragédie de la misère |
L’ambition du romancier est marquée par le désir de rivaliser avec le succès des Misérables de Victor Hugo. Gervaise est une figure de roman populaire, jolie, courageuse et méritante, avilie par le milieu social et l’alcool ; son destin prend ainsi une dimension pathétique. Le recours au ressort de la fatalité vient donner densité à cette trame : l’héroïne est rattrapée par les pesanteurs de l’histoire sociale et de l’histoire naturelle. Le fatum antique devient alors, chez Zola, à la fois, la tare d’un Paris impérial corrompu (né du viol de l’histoire et de la République que fut le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte) et la tare héréditaire d’une famille Rougon-Macquart marquée par un viol originel. Zola naturaliste n’est pas seulement l’enquêteur méticuleux, peintre réaliste du milieu ouvrier. Dans cette mise en scène d’une exploitation généralisée, sociale, sexuelle et sentimentale, la jubilation descriptive vient donner à voir les monstres de l’ère industrielle : en particulier l’alambic du père Colombe. Cette machine de cuivre est l’emblème de l’engrenage narratif et de la machinerie historique : l’énergie ou le progrès, qui les meuvent, génèrent inéluctablement la dépense, la perte.
À sa sortie, le roman suscite un scandale public qui contribue à son succès éditorial et marchand. La version scénique de Busnach et Gastineau (1879), jouée dans les théâtres parisiens des Grands Boulevards et à l’étranger, est la première d’une nombreuse série d’adaptations. Le cinéma propose une dizaine de versions du roman, dont le Rêve d’un buveur dès 1898, ou Gervaise de René Clément en 1955.