| Au Bonheur des Dames [Émile Zola] | Format lecture | ||||
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| 3. | Le « poème de l’activité moderne » |
Tels sont les termes par lesquels l’écrivain définit son projet romanesque ; il s’agit « d’aller avec le siècle qui est siècle d’action et de conquête ». Zola choisit pour cela l’univers du commerce et la transformation de ses pratiques. À la suite du parfumeur de Balzac, (César Birotteau), Octave Mouret va incarner l’héroïsme de ce temps nouveau. L’économie est en effet l’espace offert pour que se développent les batailles, les luttes d’influences et que s’affirme le mérite. Dans son travail documentaire préalable (très fourni pour ce roman), Zola a étudié l’organisation des premiers grands magasins au xixe siècle : le Louvre, le Printemps, et surtout, le Bon Marché particulièrement privilégié par l’enquête. Au Bonheur des Dames permet donc de montrer les techniques nouvelles de vente, la pratique des rabais, les stratégies de la « réclame ». La psychologie des acheteuses et les tentations offertes aux désirs compulsifs sont remarquablement cernées. Le magasin que décrit le roman devient un des monstres fantastiques ou merveilleux de l’épopée qu’est l’ère industrielle. L’intrigue reprend les composantes du roman-feuilleton sentimental et populaire : l’héroïne pauvre et méritante finit par épouser son prince charmant, conquis par la simplicité et la vertu de la belle. La valeur aristocratique est convertie en principe de morale bourgeoise.
Le roman a suscité trois adaptations cinématographiques : en Allemagne, le film de Lulu Pick en 1922, puis Au Bonheur des Dames de Julien Duvivier en 1929, que suivra la version d’André Cayatte en 1943.