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Bête humaine, la [Émile Zola]
1. Présentation

Bête humaine, la [Émile Zola], dix-septième roman du cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola. Paru d’abord en feuilleton dans la Vie populaire, il est publié en volume en 1890.

2. Crimes à la compagnie de l'Ouest

Le président Grandmorin est assassiné dans le train du Havre par le sous-chef de gare Roubaud, qui se venge avec sa femme Séverine de ses méfaits sexuels. De chez Phasie, la garde-barrière, dont la fille Flore le désire, Jacques Lantier, excellent mécanicien, torturé cependant par des pulsions criminelles, est témoin du crime. La notabilité de la victime fait remonter l’enquête au sommet de l’État, où l’on choisit de se taire et de laisser la justice errer. Le couple impuni se disloque : Roubaud abîmé dans le jeu, Séverine devenue maîtresse de Lantier. Après l’épisode épique central (la locomotive « Lison » prise dans les congères), le roman développe une logique ininterrompue de massacre : Phasie empoisonnée par son mari, Flore suicidée, après avoir organisé un épouvantable accident où elle voulait tuer les amants par jalousie, et Séverine finalement assassinée par Lantier. La « culpabilité » d’un être fruste, Cabuche, arrange tout le monde. Sur son train, convoyant des soldats dans l’imminence de la guerre en 187O, Lantier et son chauffeur se battent pour une histoire de femme. Ils roulent sous la machine, qui continue sa course folle vers Paris.

3. « Un roman de cour d'assises »

Prévu dès 1869, nourri de faits divers (affaires criminelles et accidents ferroviaires), saturé d’informations (notes documentaires ou sur le vif), le roman frappe par sa manière d’habiter et d’excéder à la fois un genre abandonné aux feuilletonistes. Meurtres multipliés, pulsions exacerbées, déchéances généralisées « explosent » la structure simple du crime en une contamination vertigineuse de la criminalité, pendant que le trajet Paris-Le Havre contracte les fêlures étoilées de la violence en une ligne unique de fracture entre deux mondes et deux logiques, à la fois proches et absolument séparés : le moderne, le mouvement, le collectif, l’ouvert, d’un côté, l’ancien, l’immobile, le familial, l’étroit, de l’autre.

4. « Retour atavique »

L’hérédité, motif génétique majeur du cycle des Rougon-Macquart, trouve dans cette « épopée préhistorique » sa fable la plus atroce et la plus dérangeante, convainquant les ennemis du naturalisme de l’irrépressible tendance de cette « école » à l’obscène. Sous la civilisation, Zola met en scène, à force d’obsessions, l’« enragement » de la bête, « profondeur noire » que chaque individu hérite de l’origine même de l’humanité. Le sang — baptême, sacre, ou sacrifice —, dit la permanence dans l’histoire d’une bestialité primitive. Ce roman apocalyptique des corps violés, égorgés, broyés, confère au déterminisme — au moment où, simultanément, approchent dans la rédaction la fin du cycle, et dans la fiction, celle du second Empire dont il a fait son cadre — une splendeur atroce et innommable.

5. «La beauté souveraine des êtres de métal »

À la corruption historique et à la terreur archaïque, le lyrisme zolien semble distinguer l’unique alternative de la grandeur épique de la machine. Exemplairement relayée par le film de Jean Renoir (1937, avec J. Gabin, S. Simon et F. Ledoux, inoubliables), la mythologie ferroviaire dresse l’épopée face à la tragédie, la puissance homérique de la « Lison » contre l’horreur œdipienne du sang. Comme si, seul, le souvenir de son frère Étienne de Germinal pouvait contre-peser le destin de Jacques, l’Éventreur ou le Maudit.