| Format recherche | Espoir, l' [André Malraux] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Espoir, l' [André Malraux], roman d’André Malraux, publié en 1937.
| 2. | Une vaste fresque |
Le roman retrace en une vaste fresque de trois parties (« l’Illusion lyrique », « le Manzanares » — du nom de la rivière reconquise par les républicains — et « l’Espoir ».) les débuts de la guerre d’Espagne, le soulèvement populaire contre la misère, le sentiment naissant de liberté, puis, après ce premier moment d’exaltation, la nécessité de prendre des mesures pratiques et d’organiser la révolution face à un redoutable adversaire. Communistes et anarchistes proposent des solutions différentes à cette tension entre les dimensions technique et humaine d’un tel combat, les premiers formant des meneurs efficaces et autoritaires et les derniers préférant valoriser la part d’héroïsme individuel. Il s’agit de choisir entre « être et faire », comme le suggère un titre de chapitre.
| 3. | Un roman antifasciste |
Malraux, « compagnon de route » du PCF depuis 1934, commence avec le Temps du mépris en 1935, une série de romans antifascistes fondés sur un idéal de fraternité. Il a réagi très tôt à l’annonce de la guerre d’Espagne et a fondé immédiatement une escadrille aérienne pour soutenir les républicains contre Franco. L’Espoir est ainsi conçu dans le feu de l’action.
| 4. | Entre réalisme et épopée |
Le roman est construit comme une succession de scènes, une sorte de chronique, plutôt que comme une intrigue suivie. Il n’a pas de véritable dénouement, ce qui n’exclut pas des effets de composition cyclique (notamment à travers les personnages qu’on voit réapparaître), une progression dramatique et la création de tensions. Malraux attache une grande importance au rythme, et joue sur l’alternance des descriptions et des ellipses pour créer une dynamique d’ensemble. On a parlé de reportage à propos de cette œuvre, à cause du primat de la retranscription des faits sur l’imaginaire et de sa grande précision dans cette évocation de l’action, produisant un certain effet de pittoresque. Mais cette inspiration d’événements historiques obéit à un principe d’exaltation qui donne au roman un ton épique et lyrique. Les faits guerriers deviennent souvent de véritables tableaux et la conclusion, entièrement ouverte, trouve un ton particulièrement élevé, suggérant l’harmonie du battement du cœur humain avec un chant éternel de la terre.
| 5. | Le destin collectif |
Central dans l’œuvre de Malraux (notamment sous la forme de l’héroïsme dans la Condition humaine), le problème de l’action est une réponse à une vaste interrogation métaphysique sur le sens de la vie et le destin de l’homme. La guerre d’Espagne n’est pas un simple décor pour l’action, comme chez Hemingway qui en fait le lieu d’un drame individuel (voir Pour qui sonne le glas). Pour Malraux, l’appartenance de l’individu à une communauté est fondamentale et pose donc la question de sa participation à la vie collective. L’écriture romanesque se fait le reflet de cette dimension communautaire, employant de nombreux dialogues et utilisant à travers la succession des scènes les points de vue des divers personnages, derrière l’apparence d’une narration omnisciente. L’Espoir donne une grande leçon de fraternité : « les hommes unis à la fois par l’espoir et par l’action accèdent, comme les hommes unis par l’amour, à des domaines auxquels ils n’accéderaient pas seuls. »
En 1938-1939, Malraux réalise lui-même une très libre adaptation cinématographique de son ouvrage, Sierra de Teruel. Le film obtiendra, après sa sortie en 1945, le prix Louis-Delluc sous le titre Espoir.