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Femmes savantes, les [Molière]
1. Présentation

Femmes savantes, les [Molière], « grande comédie » en cinq actes et en vers de Molière, représentée pour la première fois, avec succès, le 11 mars 1672 au Palais-Royal.

2. L'esquisse achevée

Les Femmes savantes sont les dignes héritières des Précieuses ridicules. Molière, ridiculisant les désirs entêtés de certaines femmes à aimer et à exister dans « le bon goût », retrouve en effet les thèmes qu'il avait abordés en 1659. Mais il existe une différence notoire entre les deux œuvres : dans les Précieuses ridicules, il jetait grossièrement en pâture le ridicule du mauvais plagiat, alors qu’ici, il traite — dans un comique plus discret et plus acerbe qui semble dicté par le souci de vraisemblance (il ne se cache plus ici de brocarder de vrais mondains) — des rapports ambigus que la femme entretient avec la culture et l'érudition en cette fin de xviie siècle.

3. La raison au service de l'amour

Le schéma des Femmes savantes reprend le schéma habituel de la comédie d'intrigue : deux camps s'affrontent pour défendre et faire entendre leurs idéaux à grands coups de trahisons et de ruses. Chrysale, honnête bourgeois parisien, semble dépassé par la soif de savoir qui habite sa femme (Philaminte), sa sœur (Bélise) et sa première fille (Armande), trop occupées à « philosopher sur la comète » avec leur ami Trissotin, un pédant fourbe, pour être tout à fait disposées à comprendre qu'Henriette, la seconde fille du couple, désire, en toute simplicité épouser Clitandre, le gentilhomme pondéré — « si traditionnel qu'il en est vulgaire » — qu'elle aime d'un amour partagé. Ce sont pourtant les jeunes amoureux qui, grâce à un ingénieux subterfuge annonçant la ruine de la famille et démasquant ainsi les perfidies de leur entourage, déjoueront les prétentions d'aucuns et des modes du temps.

4. La vraie sagesse

Au-delà de la question féminine, dont il épingle tour à tour les types à travers les conceptions existentielles de chacun de ses personnages et de la peinture satirique de l'orgueil propre aux Gens de salon, Molière, exploitant le lieu commun de l'amour contrarié mais triomphant, joue, encore une fois des masques et de l'illusion au service de la vérité de l'être et de la raison. Le bon sens, seul véritable héros de toute l'œuvre de Molière, vient à bout de la perversion intellectuelle des « grandes théories » qui, en se piquant de faire avancer les êtres sur la voie de l'intelligence au nom de l'exercice du pouvoir privé, les enferme dans un encyclopédisme méprisant et stérile et sclérose plus leur esprit critique qu'il ne le distingue vraiment.