| 3.
|
 |
La mise en place du héros cornélien |
Avec Horace se mettent en place les grands traits de la morale et du héros cornéliens. La tragédie pose déjà, avec une particulière vigueur, les rapports entre l’amour et l’honneur. Mais, comme dans le Cid, la situation n’est pas encore figée. Si en effet Horace subordonne, sans états d’âme, le sentiment amoureux aux impératifs de la gloire personnelle, il le fait avec une telle rigueur qu’il apparaît sous le jour défavorable du fanatique, de l’intolérant. Et, de façon symétrique, Curiace défend une tout autre conception qui laisse place à la dimension humaine, et se révèle ainsi comme un être sensible, accessible à la pitié, inscrivant son action dans la relativité. Si Horace assume son destin, c’est au prix d’un comportement cruel, alors que Curiace certes subit la fatalité, mais en se donnant la liberté du regret. Dans le prolongement du Cid, la pièce développe, par ailleurs la conception d’un pouvoir central encore faible, qui doit composer avec les survivances du système féodal. Le roi est obligé de pardonner à Horace, parce qu’il craint sa famille et a besoin de son appui. Témoignant ainsi de la situation politique de la première partie du XVIIe siècle, il doit sacrifier la justice à la raison d’État. Le héros cornélien, pour affirmer son individualité, a un besoin absolu de cet espace de liberté que doit bien lui concéder la puissance royale.
© 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.