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Iphigénie en Aulide [Jean Racine]
1. Présentation

Iphigénie en Aulide [Jean Racine], tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine, représentée pour la première fois à Versailles en 1674 et publiée la même année. La pièce valut à Racine, alors au faîte de sa gloire, un véritable triomphe.

2. Un épisode de la légende des Atrides

Dans Iphigénie, Racine reprend un motif abondamment traité depuis l'Antiquité : celui du sacrifice de l'héroïne éponyme. Agamemnon, fils d'Atrée, a pris la tête de l'armée grecque pour aller combattre Troie et venger le prince grec Ménélas, dont le Troyen Pâris vient d'enlever la femme. Mais les éléments semblent défavorables : les vents refusent de se lever et de mener la flotte grecque vers Troie. Les Dieux réclament en effet un sacrifice, en la personne d'Iphigénie, fille aînée d'Agamemnon.

La pièce, qui se déroule en Aulide, dans le camp grec, s'organise autour de ce sacrifice exigé par la déesse Diane. Elle est rythmée par les revirements d'Agamemnon, qui ne peut se résoudre à tuer sa fille, mais ne renonce pas non plus à annuler l'expédition belliqueuse. Il tente tout d'abord un stratagème : empêcher Iphigénie d'arriver au camp ; mais la manœuvre échoue et, ignorant le sort qui lui est réservé, la jeune femme arrive en Aulide. Agamemnon se résout alors au sacrifice, mais à la vue des gardes venus conduire Iphigénie au supplice, il hésite à nouveau, et organise secrètement la fuite de sa fille. Ériphile, orpheline captive d'Achille et rivale d'Iphigénie dans le cœur de ce dernier, a vent du stratagème et le dévoile, provoquant une rébellion des soldats. Achille tente in extremis de sauver Iphigénie, prête pour le sacrifice, en se battant contre les mutins, lorsque paraît Ulysse qui annonce le dénouement : l'oracle en réalité avait désigné comme victime Ériphile, fille cachée d'Hélène et de Thésée, dont le vrai prénom est aussi Iphigénie, laquelle vient de se donner la mort. Les noces d'Achille et d'Iphigénie peuvent enfin être célébrées.

3. La réécriture du mythe

Un des intérêts de la pièce réside dans les transformations que Racine fait subir aux versions antiques du mythe. Dans sa pièce — et l'on peut y voir la marque d'un double souci de bienséance et de vraisemblance propre à la tragédie classique —, l'homonymie finalement révélée des deux ennemies permet de ne pas sacrifier Iphigénie, mais évite d'avoir recours comme chez Euripide à la miraculeuse et invraisemblable substitution d'une biche à Iphigénie. Le personnage d'Achille est également retravaillé : très amoureux d'Iphigénie, ce qui n'était pas le cas chez Euripide, il s'acharne à la sauver. Ainsi, le drame vécu par le père et la fille se double chez Racine du drame vécu par les deux amants, ce qui n'est pas étranger à l'engouement du public classique pour la pièce.

4. Des hommes et des Dieux

La tension dramatique qui anime Iphigénie provient de l'incertitude qui pèse jusqu'aux derniers instants sur le sort de l'héroïne : les hésitations et revirements de son père, la haine cachée d'Ériphile qui éclate à l'acte V, les interventions fougueuses d'Achille forment un jeu de passions ambiguës et équivoques dont le sacrifice d'Iphigénie est l'enjeu.

La fatalité tragique qui fait des héros le pur jouet des Dieux apparaît ainsi presque secondée par le jeu des passions humaines. En effet, si le poids du destin se fait sentir au plus haut degré, puisque les Dieux interviennent directement par deux fois (au début pour exiger le sacrifice puis à la fin pour désigner la vraie victime), les forces agissantes sont ici très humaines : il s'agit bien de la passion et de la vengeance.