| Format recherche | Manifestes du surréalisme [André Breton] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Manifestes du surréalisme [André Breton], essais d’André Breton, publiés de 1924 à 1953 : Manifeste du surréalisme (1924), Second Manifeste du surréalisme (1929), Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non (1941) et Du surréalisme en ses œuvres vives (1953).
| 2. | L’acte de naissance du surréalisme |
Le premier — et le plus important — de ces textes théoriques s’inscrit dans l’histoire du mouvement littéraire et artistique du surréalisme. Après sa rupture avec le mouvement Dada en 1922, Breton forme avec quelques amis le groupe surréaliste. Le texte de 1924 est en fait un renfort théorique surtout destiné au groupe lui-même, ayant pour but de le soutenir dans ses activités, d’autant plus que des tensions internes sont alors déjà apparues. Breton procède ainsi notamment à un historique de ses expériences poétiques avant de définir la notion de surréalisme. Il commence par le constat du décalage entre l’homme et la vie « réelle ». Il prône ensuite la reconquête de la liberté dans cet univers d’oppression et voit dans l’imagination un espoir pour l’homme écrasé.
| 3. | Une démarche révolutionnaire |
Pour Breton, l’art relève d’un véritable engagement politique et s’envisage en termes d’action. Cela sera le cœur du Second Manifeste, plus polémique que le premier — lieu d’attaques des « traîtres » et de rejet de certaines figures tutélaires — et marqué par un ralliement explicite au marxisme. Dans le Manifeste du surréalisme, Breton affirme une opposition de principe aux valeurs bourgeoises, sociales et morales, un « non-conformisme absolu ». Mais la démarche n’a rien de strictement négatif. En définissant la notion de surréalisme — « automatisme psychique pur […], dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale » —, Breton pose les fondements nouveaux de la création artistique.
Plutôt que d’un dénigrement systématique de la raison, il s’agit de l’avènement d’une nouvelle raison, d’une libération de la pensée (« Le surréalisme n’aime pas perdre la raison, il aime ce que la raison nous fait perdre. »), grâce à la mise en valeur du rêve et de l’inconscient : dénégation mais espoir (liberté de l’esprit contre une aliénation externe).
Cette démarche repose d’ailleurs sur l’idée que le surréalisme existe depuis longtemps, sous des formes ponctuelles et très discrètes, et se reconnaît des précurseurs : Nerval (pour l’importance qu’il a attachée au rêve), Apollinaire (qui employa le premier le terme de « surréalisme »), Sade (pour son rejet de la morale), Rimbaud (pour la liberté dont il a fait preuve), Lautréamont (pour la violence de ses images et son sens du fantastique).
| 4. | Une méthode poétique |
Influencé par la psychanalyse de Freud, Breton expose une véritable méthode de travail, fondée sur le rêve et la rêverie, l’hypnose, les automatismes psychiques. En littérature, il rejette la narration traditionnelle, ses éléments descriptifs, réalistes et signifiants qui nuisent à l’expression poétique. Étudiant la question du langage, il propose une réflexion sur l’image poétique — qu’il prolongera dans Du surréalisme en ses œuvres vives. L’image se doit d’être essentiellement un choc, une perturbation et donc une émotion, au sens premier du terme.
L’écriture même de Breton obéit à ces principes : les Manifestes sont des proses surréalistes, c’est-à-dire des textes hétéroclites (parties théoriques, passages en prose poétique, énumérations, recours aux citations ou à des collages divers, comme les humoristiques « secrets de l’art magique surréaliste ») dans une langue souvent fondée sur les jeux de mots et mélangeant sans cesse le sérieux et l’absurde.