Manifestes du surréalisme [André Breton]
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Manifestes du surréalisme [André Breton]
3. Une démarche révolutionnaire

Pour Breton, l’art relève d’un véritable engagement politique et s’envisage en termes d’action. Cela sera le cœur du Second Manifeste, plus polémique que le premier — lieu d’attaques des « traîtres » et de rejet de certaines figures tutélaires — et marqué par un ralliement explicite au marxisme. Dans le Manifeste du surréalisme, Breton affirme une opposition de principe aux valeurs bourgeoises, sociales et morales, un « non-conformisme absolu ». Mais la démarche n’a rien de strictement négatif. En définissant la notion de surréalisme — « automatisme psychique pur […], dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale » —, Breton pose les fondements nouveaux de la création artistique.

Plutôt que d’un dénigrement systématique de la raison, il s’agit de l’avènement d’une nouvelle raison, d’une libération de la pensée (« Le surréalisme n’aime pas perdre la raison, il aime ce que la raison nous fait perdre. »), grâce à la mise en valeur du rêve et de l’inconscient : dénégation mais espoir (liberté de l’esprit contre une aliénation externe).

Cette démarche repose d’ailleurs sur l’idée que le surréalisme existe depuis longtemps, sous des formes ponctuelles et très discrètes, et se reconnaît des précurseurs : Nerval (pour l’importance qu’il a attachée au rêve), Apollinaire (qui employa le premier le terme de « surréalisme »), Sade (pour son rejet de la morale), Rimbaud (pour la liberté dont il a fait preuve), Lautréamont (pour la violence de ses images et son sens du fantastique).