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Une mise en scène du Moi |
L’enfance au château de Combourg, la création fantasmatique de la Sylphide, l’exil en Amérique pour échapper à la Révolution, puis les années de misère et d’espoir à Londres, enfin le succès d’Atala et du Génie du christianisme, la trajectoire du frère de Lucile, la sœur tant aimée, conduit l’adolescent fiévreux au premier rang des hommes de la Restauration. Sa fidélité aux Bourbons lui vaut de devenir ministre : la déception sera à la mesure de la gloire. Ruiné après la publication de la Monarchie selon la Charte (1816) — comme s’il fallait que le vicomte restât, comme pendant l’Empire, un frondeur sous l’habit de pair — Chateaubriand reprend du service avec les ambassades de Berlin, de Londres et de Rome, sans oublier son passage au ministère des Affaires étrangères — et une abondante production littéraire. Mais « le chant naturel de l’homme est triste » (René) et la voix du mémorialiste, en s’élevant de l’outre-tombe, laisse deviner le néant des plus prestigieuses carrières. La mélancolie de René accompagne le grand homme jusqu’à cet ultime personnage : le narrateur des Mémoires, celui qui sera surnommé « l’Enchanteur », tant il était fécond et fascinant en périodes, et qui est surtout l’artiste de sa propre vie, diffractée à la lumière de la dernière aube du dernier paragraphe du texte, celle qui le voit, après une méditation visionnaire sur le christianisme, principe et fin du monde de l’avenir, descendre, en une ultime mise en scène, « le crucifix à la main, dans l’éternité ».
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