René [Chateaubriand]
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René [Chateaubriand]
4. Une génération mélancolique

Que le « château gothique » soit Combourg, qu’Amélie soit Lucile et René François René, on serait tenté de le croire. Mais ce récit catalyse aussi, au-delà des marques d’une autobiographie possible, le trouble et la violence d’une génération perdue : la Révolution a fait disparaître les repères les plus stables, et l’histoire à venir s’annonce tout aussi dépourvue de sens. Que reste-t-il au jeune René, sinon sa sensibilité, c’est-à-dire à la fois la jouissance du monde — évoqua-t-on jamais mieux l’automne ? — et la douleur d’être au monde ? Solitaire, ivre de lui-même, perdu pour une société où il ne se reconnaît plus et qui ne peut le comprendre, René traverse l’existence en poète et en pleurant.

Sa mélancolie a marqué toute une jeunesse qui en a prolongé les échos jusqu’à la caricature, au point que Chateaubriand a regretté d’avoir publié cette image de lui-même diffractée par le plus séduisant des styles : ce récit envoûtant a préparé la voie au Chatterton de Vigny, à l’Hernani hugolien et au Musset de la Confession d’un enfant du siècle. Ces quarante pages, au seuil du siècle, sont l’acte de naissance du romantisme.