| Format recherche | Souffrances du jeune Werther, les [Goethe] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Souffrances du jeune Werther, les [Goethe], roman épistolaire de Johann Wolfgang von Goethe, publié en 1774 sans nom d’auteur, sous le titre Die Leiden des jungen Werther.
Bien qu’il faille attendre une deuxième version, en 1782, pour que Goethe signe ouvertement son ouvrage, l’auteur n’a pas tardé, dès la première publication, à être démasqué, et bientôt encensé comme un écrivain majeur de la littérature allemande ; la critique considère volontiers qu’il l’a dotée d’une dimension universelle. Très vite célèbre en Allemagne, la réputation du texte s’étend au-delà des frontières, et suscite de nombreuses traductions. Napoléon lui-même confie à Goethe qu’il l’a lu six ou sept fois. En France, Mme de Staël, Chateaubriand, Senancour, Constant, Musset, Stendhal, Lamartine et bien d’autres s’en inspirent. À vingt-cinq ans, Goethe accomplit donc un coup de maître. Interdit par les autorités locales pour le motif qu’il propose une apologie du suicide, son bref roman par lettres répand partout, après la Nouvelle Héloïse de Rousseau, les accents d’une sensibilité préromantique originale.
| 2. | Élan érotique, élan thanatique : l’impasse romantique |
Un mystérieux éditeur a rassemblé les éléments de l’histoire d’un jeune homme nommé Werther, qui pour l’essentiel se composent des lettres qu’il adresse à un non moins mystérieux Wilhelm, son ami et confident. Par ce procédé, Goethe transpose l’idylle qui se noua entre lui et Charlotte Buff, à Wetzlar. Promise à un autre, Charlotte se voit finalement dédier les Souffrances du jeune Werther. En s’inspirant par ailleurs du suicide du jeune diplomate Jérusalem, victime d’un amour impossible, Goethe s’évite en quelque sorte une fin funeste en l’accordant à son héros.
Dans ce texte à résonance autobiographique, à valeur probablement cathartique, Goethe nous présente un personnage épris de celle qu’un autre, Albert, doit épouser. Conquis par la grâce naturelle de Charlotte, qui s’occupe avec une ferveur attendrissante, après le décès de sa mère, de tous ses frères et sœurs, Werther voit son attachement croître, sans qu’il puisse le maîtriser. Il essaie pourtant de prendre un poste loin de Charlotte et d’Albert, mais ne trouve pas l’oubli attendu dans un travail diplomatique, par ailleurs décevant et humiliant. Son état d’âme, initialement euphorique, se dégrade, en accord avec les paysages et les saisons, évoqués suivant de saisissants effets de focalisation interne (à travers les yeux du héros). Il finit par déclarer sa flamme à Charlotte. Amoureuse, mais unie à Albert et volontairement raisonnable, celle-ci le repousse et l’enjoint de s’éloigner. Werther emprunte à Albert ses pistolets sous le prétexte d’un voyage, avant de mettre fin à ses jours, selon un projet longuement mûri, laissant des déclarations passionnées à Charlotte.
| 3. | La solution artistique |
Métamorphose d’une aventure personnelle, les Souffrances du jeune Werther délivre Goethe de ses angoisses morbides, l’appelant à une écriture moins sombre : il faut surmonter les tentations ambiantes du Sturm und Drang, comme il s’emploiera à le démontrer par exemple dans ses Faust (voir Faust I ; Faust II). Proposant une confidence, mais aussi un tableau assez inédit de la bourgeoisie allemande, il fait œuvre de sociologue comme d’analyste virtuose du cœur humain, particulièrement des élans dangereux connus par la jeunesse. La technique choisie du roman par lettres lui facilite la tâche, favorisant le développement de longs monologues intérieurs. Goethe parfait ainsi la tradition inaugurée par des maîtres tels que Rousseau, lui imprimant une marque où certains critiques ont même vu une mise à distance sinon ironique, du moins ludique : le jeune écrivain expérimente ses pouvoirs sur lui-même, et sur la littérature, dont il prend acte et qu’il invente, allant plus loin dans sa revendication créatrice que ses prédécesseurs peut-être, que son héros à coup sûr.