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Quai des brumes [Marcel Carné], film français en noir et blanc de Marcel Carné, réalisé en 1938.
Déserteur, Jean (Jean Gabin) erre sur les quais du Havre. Dans une buvette, il rencontre un peintre (Robert Le Vigan) qui, avant de se suicider, lui donne ses vêtements, de l’argent, ses papiers d’identité et lui confie une jeune orpheline, Nelly (Michèle Morgan), dont il tombe amoureux. Nelly vit sous la coupe de son tuteur Zabel (Michel Simon), un receleur que Lucien (Pierre Brasseur), chef d’une bande de voyous, accuse d’avoir tué un de ses hommes. La passion qui unit Nelly et Jean attise la jalousie de Zabel et de Lucien qui convoitent la jeune fille. Soupçonné du meurtre commis par Zabel, Jean est sur le point de s’embarquer sur un cargo en partance. Mais il ne peut se résoudre à quitter Nelly, revient chez elle où il surprend Zabel qui tente de la violer. Jean tue Zabel et, avec Nelly, court vers le bateau. Lucien, tapi dans la nuit, l’abat à coups de revolver.
Adapté et dialogué par Jacques Prévert d’après un roman de Pierre Mac Orlan, Quai des brumes est accueilli avec enthousiasme par nombre de critiques et glane les récompenses les plus prestigieuses : prix Louis-Delluc et Méliès, grand prix du cinéma français ; une distinction au festival de Venise pour ses « qualités artistiques » et l’oscar du meilleur film étranger.
Interdite aux moins de seize ans à sa sortie, cette œuvre le sera totalement sous l’Occupation. Tenue pour immorale et démoralisante, elle se verra même attribuer par certains porte-parole du gouvernement de Vichy une part de responsabilité dans la défaite de 1940. « Comme si, ironisera Carné, le baromètre était responsable du temps… »
« C’est la vie, la vacherie quoi ! » : cette réplique, dans la bouche de Jean, donne le ton d’un film sombre et désespéré, à l’image d’une époque qui vit sous la menace d’une guerre imminente. Prisonniers de la fatalité, en marge de la loi, condamnés à partir ou à périr, les antihéros du Quai des brumes évoluent dans un décor sordide — remarquablement conçu et réalisé par Alexandre Trauner — perdu dans la nuit, envahi par le brouillard, inondé de pluie. Seule lueur dans ces ténèbres de la solitude et du malheur, l’amour auquel le destin n’accorde qu’une brève fulgurance. Le décor, les personnages, l’atmosphère du Quai des brumes sont typiques de tout un courant du cinéma français des années trente : le réalisme poétique, auquel appartiennent, outre les œuvres de Carné, certains films de cinéastes comme Pierre Chenal, Julien Duvivier ou Jean Grémillon.