| Garrel, Philippe | Format lecture | ||||
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| 2. | Un cinéaste à la marge du système |
Né à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) dans une famille de marionnettistes et de comédiens (il est le fils de Maurice Garrel), Philippe Garrel quitte le lycée à treize ans, réalise un premier essai cinématographique à quatorze ans (Une plume pour Carole, 1962), suit des cours de peinture au musée des Arts Décoratifs et tourne un court métrage (les Enfants désaccordés, 1964), puis un autre (Droit de visite, 1965), remarqué par François Truffaut. Il entre à l’ORTF pour réaliser une émission sur une jeune fille de la bourgeoisie (Anémone, 1966), qui déplaît aux producteurs et n’est pas diffusée ; après avoir subtilisé une copie du film, il la projette dans un cinéma du Quartier latin et entame un procès contre la télévision d’État.
Passionné par les livres d’André Breton, les films de Jean-Luc Godard et la beat generation, Philippe Garrel réalise son premier long métrage (Marie pour mémoire, 1967), qui lui vaut la reconnaissance critique des Cahiers du cinéma et l’amitié de Henri Langlois. Après les événements de Mai 68 et sa participation au film militant Actua 1 (1968), il part en Bavière pour réaliser en quinze jours un film muet expérimental et poétique (le Révélateur, 1968), avec Bernadette Lafont et Laurent Terzieff. Aidé ensuite par la mécène Sylvina Boissonas, il signe la Concentration (1968), joué par Zouzou et Jean-Pierre Léaud, puis le Lit de la Vierge (1969), avec Pierre Clémenti, et la Cicatrice intérieure (1970), un poème visuel aux images inoubliables. En 1969, il rencontre Nico (égérie du groupe de rock The Velvet Underground), dont il partage la vie pendant près de dix ans et qu’il fait jouer dans plusieurs de ses films.
Considéré comme le Arthur Rimbaud du cinéma, Philippe Garrel tente diverses expériences : Athanor (1972), les Hautes Solitudes (1974), Un ange passe (1975), le Berceau de cristal (1975), Voyage au pays des morts (1976) et le Bleu des origines (1978), autant d’essais inclassables qui le mettent en marge du système et ne voient le jour que grâce aux aides apportées par des amis comme Henri Langlois de la Cinémathèque française et le producteur portugais Paolo Branco. Perçus comme des productions underground, uniquement montrés dans des festivals ou des salles de cinéma indépendantes, ces films marquent néanmoins profondément tout le cinéma de cette époque.