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Veuve joyeuse, la [Ernst Lubitsch], film américain en noir et blanc d’Ernst Lubitsch, réalisé en 1934.
Dans une principauté fantaisiste d’Europe centrale, à la Belle Époque, le comte Danilo (Maurice Chevalier) se partage entre ses responsabilités militaires et la conquête de jolies femmes ; mais le gouvernement est en plein désarroi, car la femme la plus riche du pays, Sonia (Jeanette MacDonald), veuve inconsolable et sans enfants, a décidé de partir à Paris. Craignant que ses capitaux s’en aillent avec elle, le prince charge le comte Danilo de l’y suivre et de la séduire pour l’épouser et conserver ainsi sa fortune dans la principauté. Mais le comte Danilo n’a aucune envie de se marier avec une inconnue, il préfère aller faire la fête chez Maxim’s plutôt que d’obéir à la raison d’État. Mais Sonia connaît Danilo de vue et il ne lui déplaît pas. Elle se rend incognito dans le célèbre restaurant parisien, s’y fait passer pour une entraîneuse et se laisse d’abord séduire par le comte, avant de se refuser à lui. Plus tard, lors d’un bal officiel, Danilo découvre l’identité réelle de Sonia et tombe amoureux d’elle. Mais la maladresse de l’ambassadeur (Edward Everett Horton) révèle à la jeune femme que Danilo est en mission. C’est la rupture. De retour au pays, le comte est emprisonné. Sonia lui rend visite dans son cachot et l’ambassadeur se rachète en les faisant se marier dans la prison.
Cette adaptation de l’opérette éponyme de Franz Lehár (1905) est la quatrième et dernière collaboration d’Ernst Lubitsch avec Maurice Chevalier. C’est un feu d’artifice où l’humour, la tendresse et le drame se côtoient dans un rythme soutenu par de nombreuses trouvailles visuelles, un montage dynamique et l’énergie de la cantatrice Jeanette MacDonald. La scène de la valse se multipliant dans une galerie des glaces est une réussite virtuose et le jeu décalé d’Edward Everett Horton est digne de figurer dans une anthologie du burlesque. Mais Ernst Lubitsch sait aussi mettre en relief la gravité des sentiments humains derrière des apparences de légèreté. Comme dans toutes ses œuvres, il analyse avec causticité l’institution du mariage, la confusion des sentiments et l’empire du plaisir sur la raison. Spectacle magnifique (le film bénéficie d’un gros budget), c’est un sommet de l’opérette filmée.
Ernst Lubitsch a tourné simultanément deux versions du film, en anglais et en français. Avant lui, Erich von Stroheim en avait réalisé une version muette homonyme (1925) et Curtis Bernhardt en fera un remake en couleurs en 1952.