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Pépé le Moko [Julien Duvivier], film français en noir et blanc de Julien Duvivier, réalisé en 1936.
Un truand, Pépé le Moko (Jean Gabin) s’est réfugié dans la Casbah d'Alger. Il y vit avec Inès (Line Noro) et règne sur le milieu algérois. Le policier Slimane (Lucas Gridoux) tient Pépé à l’œil, attendant que celui-ci descende en ville pour l’arrêter. Pépé rencontre Gaby (Mireille Balin), une Parisienne entretenue par un riche négociant du continent. Il en tombe amoureux. Trahi par Régis (Charpin), avec l'aide de l'Arbi (Marcel Dalio), Pépé échappe à un piège de la police mais son ami Pierrot (Gilbert Gil) est blessé par les forces de l'ordre. Lors d'un conseil des truands (Saturnin Fabre, Gabriel Gabrio, Gaston Modot et Robert Legris), Pépé condamne Régis à mort. Ensuite, Tania (Fréhel) le met en garde contre la jalousie d’Inès. Pépé ne l'écoute pas et descend en ville pour voir Gaby. Inès avertit Slimane. Pépé est arrêté. Il se suicide en regardant s'éloigner le bateau qui emmène Gaby à Marseille.
Écrit par Henri Jeanson et Julien Duvivier, d'après un roman du commissaire Roger Ashelbé, ce film a fait de Gabin la plus grande vedette française de l'époque.
Pépé le Moko est l'histoire d'un homme traqué dont la fin tragique est précipitée par son amour pour une femme. Ce thème conventionnel du mélodrame d'aventures trouve ici une nouvelle dimension par la mise en scène raffinée de Julien Duvivier et le jeu très moderne des acteurs. Duvivier, tel un architecte, bâtit son film sur des scènes où chaque personnage s'exprime autant par les mots que par des gestes ou des regards, donnant au récit une double dynamique issue des démêlés des malfrats avec la police et des progrès parallèles de la nostalgie qui les ravage de l'intérieur.
Dès le début du film, le destin de Pépé est montré comme fatal et son calvaire sans issue. Tous les personnages portent du reste en eux le même mal du pays et la même mélancolie. La Casbah est une prison, l'enfer en quelque sorte. Impossible d'en sortir sans risquer l'internement ou la mort. Fortement teinté de pessimisme, comme tous les films de Duvivier, Pépé le Moko est un sommet du romantisme noir et met en œuvre une mythologie du sordide digne des romans de Francis Carco et de Georges Simenon.
Pépé le Moko a connu un succès international et Hollywood en a produit rapidement un remake, Casbah (Algiers, 1938) de John Cromwell, avec Charles Boyer dans le rôle de Pépé, suivi plus tard d’un second, Casbah (1948), une comédie musicale de John Berry avec Tony Martin dans le rôle principal. En Italie, Carlo Ludovico Bragaglia en a tourné une parodie, avec Totò en caricature burlesque de Jean Gabin, Totò le Moko (1949).