Depp, Johnny
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Depp, Johnny
4. Une filmographie inégale
1. Une période de transition

En quelques années seulement, Johnny Depp s’est forgé une filmographie exigeante et « décalée », ne sélectionnant que des films d’auteur et évitant soigneusement les plus importantes productions hollywoodiennes (blockbusters en américain) auxquelles il aurait légitimement pu prétendre au regard de sa réputation de jeune premier au tempérament rebelle. Ses choix s’avèrent toutefois moins cohérents par la suite, puisqu’il apparaît dans quelques films de moindre envergure, tels Meurtres en suspens (Nick of Time, 1995) de John Badham avec Christopher Walken ou Don Juan De Marco (Jeremy Leven, 1995) avec Marlon Brando.

2. Johnny Depp, adepte de l’étrangeté

Dead Man (1995) de Jim Jarmusch lui permet toutefois de renouer avec une veine cinématographique plus ambitieuse : porté par la musique hypnotique de Neil Young, Johnny Depp, alias William Blake (poète romantique anglais), est emporté dans un univers qu’il ne peut maîtriser, véritable rêve éveillé et surréaliste sur fond de conquête de l’Ouest. Deux ans plus tard, il incarne un agent du FBI infiltré dans la mafia ; le personnage de Donnie Brasco (Mike Newell, 1996) lui donne par ailleurs l’occasion de côtoyer Al Pacino. Concluant cette période prolifique et riche en compositions éclectiques, le parcours chaotique du journaliste psychédélique Hunter S. Thompson dans une ville de Las Vegas devenue folle à travers le prisme de visions hallucinées constitue l’une des performances les plus étranges et controversées de Johnny Depp ; Las Vegas Parano (Fear and Loathing in Las Vegas, 1998) de Terry Gilliam est en effet accueilli froidement par la critique et le public.

3. Des rôles plus « conformistes »

Ce relatif échec est suivi par des prestations en demi-teinte dans Sleepy Hollow (1999) de Tim Burton et la Neuvième Porte (The Ninth Gate, 1999) de Roman Polanski. Les univers pourtant très personnels et originaux des deux cinéastes y apparaissent en effet caricaturés et ampoulés, et Johnny Depp ne peut donner ni véritable crédibilité ni consistance à ses rôles.

Il apparaît par la suite dans une comédie sentimentale aux côtés de Juliette Binoche — Chocolat (Lasse Hallström, 2000) —, un drame historique — The Man Who Cried (Sally Potter, 2000) — et un thriller ancré dans le milieu de la drogue — Blow (Ted Demme, 2001) —, puis il endosse le rôle de l’inspecteur opiomane Fred Abberline dans From Hell (Albert et Allen Hugues, 2001), angoissante évocation de l’enquête sur les meurtres perpétrés par Jack l’Éventreur dans le Londres de la fin du xixe siècle. Sa participation au spectaculaire Pirates des Caraïbes : la malédiction du Black Pearl (Pirates of the Caribbean : The Curse of the Black Pearl, 2003) de Gore Verbinski semble quant à elle confirmer une double orientation de carrière : Johnny Depp est à la fois un acteur de cinéma indépendant et une figure du divertissement hollywoodien.

Johnny Depp est également cinéaste : The Brave (1997) est sa première réalisation, dont il est aussi le principal protagoniste, aux côtés de Marlon Brando. Présenté au festival de Cannes en 1997, le film évoque le destin tragique d’un Indien en Californie et ne connaît qu’un succès d’estime.