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| 2. | L’époque du muet |
Dès 1894, un étudiant de dix-neuf ans, Kazimierz Prózyński, met au point un appareil de projection, le « pléographe ». La société Pleograf réalise une quinzaine de courtes bandes avant d’être supplantée par l’entreprise Lumière, qui s’impose dès ses premières projections à Cracovie en novembre 1896. Photographe à la cour du tsar, Boleslaw Matuszewski devient l’un des opérateurs Lumière et filme de nombreuses vues d’actualités en Russie comme en Pologne. On lui doit également le premier film médical et les deux premiers essais théoriques sur le cinéma, publiés en 1896 à Paris, Une nouvelle source de l’histoire et la photographie animée, ainsi que le concept d’archives cinématographiques.
Réalisé en 1908 par Józef Meyer, le premier long métrage polonais, la Première Visite d’Antos à Varsovie (Antoś po raz pierwszy w Warszawie), est interprété par Antoni Fertner, populaire imitateur de Max Linder, qui tourne dans de nombreuses comédies au cours des années 1910 avec, entre autres, Asta Nielsen comme partenaire. Propriétaire de salle et réalisateur de Meier Ezofowicz en 1911, Aleksander Hertz développe en 1913 la société de production Sfinks, qui engage de futures stars, comme Apolonia Chalupiec, connue ensuite sous le nom de Pola Negri.
On tourne alors des adaptations de romans polonais célèbres, comme Histoire d’un péché (Dzieje grzechu, 1911), réalisé par Antoni Bednarczyk d’après l’œuvre de Stefan Zeromski. Mais, bien que la Première Guerre mondiale ait provoqué l’exil de nombreux acteurs polonais, c’est seulement à partir de 1918 que l’industrie cinématographique de la Pologne indépendante se développe réellement, accompagnée par un grand intérêt intellectuel pour le cinéma. Plusieurs revues spécialisées apparaissent alors et, en 1921, le philosophe et critique Karol Irzykowski publie un essai remarqué, la Dixième Muse. Les principaux réalisateurs de la fin de la période muette sont Aleksander Hertz avec Amour de saison (Sezonowa molość, 1918) et la Terre de la grande promesse (Zemia obiecana, 1927), Edward Pulchanski avec Bartek le Vainqueur (Bartek zwycięzca, 1923), Boleslaw Ryszard Srzednicki (connu ensuite sous le nom de Richard Boleslawski à Hollywood) avec Miracle sur la Vistule (Cud nad Wisa, 1921) et Wiktor Bieganacute;ski, avec les Vampires de Varsovie (Wampiry Warszawy, 1925).
La vingtaine de films produits annuellement à l’époque relève du cinéma commercial et mêle sujets patriotiques et adaptations littéraires. Pourtant, le théoricien Léon Trystan, influencé par les écrits de Louis Delluc et de Jean Epstein, réalise en 1927 des œuvres plus ambitieuses, comme la Révolte du sang et du feu (Bunt krwi i źelaza) et la Maîtresse de Szamota (Kochanka Szamoty). Plus personnelle est également la première réalisation de Józef Lejtes, l’Ouragan (Huragan, 1928). Les Points sur les i (Kropki nad i, 1928) de Juliusz Gardan et les courts métrages d’Aleksander Ford s’inscrivent quant à eux dans un courant réaliste qui veut témoigner de la vie quotidienne. En 1929, Ford fait partie du groupe Start (association des fervents du film artistique), prônant un cinéma socialement utile, influencé aussi bien par l’expressionnisme allemand que par les théories soviétiques du montage. Ce groupe compte dans ses rangs des personnalités cinématographiques qui joueront un rôle important dans les années suivantes, comme Eugeniusz Cękalski, Wanda Jakubowska, Tadeusz Kowalski, Jerzy Zarsycki, Stanislas Wohl, Jerzy Bossak et Jerzy Toeplitz.