| Format recherche | série B | Format lecture |
| 1. | Présentation |
série B, films américains à budget réduit, produits dès 1930 pour alimenter les salles de cinéma proposant un double programme, et qui visent essentiellement un public populaire.
L'expression « série B » est inventée à la 20th Century Fox, où les films à petit budget sont tournés dans les studios érigés, selon le cadastre, sur le lot B du terrain appartenant à la firme. Par la suite cette appellation est passée dans l’usage courant, pour désigner un pan entier de la production américaine.
Les films de série B, d’un excellent rapport pour un faible coût, connaissent une grande popularité jusqu’en 1948, lorsqu’est votée une loi anti-trust qui contraint les grands studios de cinéma à abandonner l’exploitation des salles et du même coup à réduire leur volume de production. Elle survit néanmoins jusque vers 1953, date à laquelle la concurrence de la télévision lui porte cette fois un coup fatal, bien que l’esprit des films de série B se soit dans une certaine mesure perpétué dans les années soixante et soixante-dix, au sein d’une production marginale dont Roger Corman est le représentant le plus célèbre. Si le terme de série B est encore employé de nos jours pour désigner des films contemporains à petit budget, ce n’est plus qu’un lointain reflet de ce qui fut autrefois un secteur particulièrement florissant et créatif de l’industrie du cinéma.
Les films de série B sont produits par les grandes compagnies comme MGM, Paramount, Universal, RKO, 20th Century Fox et Warner, mais également par des studios indépendants comme Republic, Monogram, PRC, Tiffany, Majestic, Chesterfield, Mayfair, Grand National, Eagle Lion et AIP, qui en font leur spécialité. Selon les époques, ces films sont réalisés en couleurs ou en noir et blanc, en relief ou en Cinémascope et couvrent tous les genres : comédie, western, mélodrame, aventures, films de gangsters, de détectives, science-fiction, contes fantastiques et films noirs. Leur tournage dure entre cinq jours et cinq semaines.
| 2. | Une pépinière de talents |
La richesse artistique de la série B s’explique par le volume énorme de films produits, et par le fait que l’impact financier d’un éventuel échec étant limité, les producteurs peuvent se permettre de prendre des risques, d’explorer de nouvelles voies et de mettre à l’épreuve de nouveaux talents. C’est ainsi que débutent de futures stars comme Yvonne De Carlo, Anita Ekberg, Ava Gardner, Rita Hayworth, Marilyn Monroe, Barbara Stanwyck, Charles Bronson, Robert De Niro, Clint Eastwood, Glenn Ford, Clark Gable, Charlton Heston, Alan Ladd, Lee Marvin, Ray Milland, Robert Mitchum, Jack Nicholson et Anthony Quinn. C'est également ainsi que des acteurs vedettes peuvent continuer à travailler entre deux rôles importants, comme le fait John Wayne pendant neuf ans, entre la Piste des géants (The Big Trail, 1930) de Raoul Walsh, et la Chevauchée fantastique (Stagecoach, 1939).
De même, plusieurs metteurs en scène réputés ont fait leurs débuts dans la série B : Robert Aldrich avec The Big Leaguer (1953), Oscar Budd Boetticher avec One Mysterious Night (1944), Jules Dassin avec Nazi Agent (1942), Edward Dmytryk avec The Hawk (1935), Richard Fleischer avec Child of Divorce (1946), Samuel Fuller avec J'ai tué Jesse James (I Shot Jesse James, 1949), Phil Karlson avec A Wave, A Wac and A Marine (1944), William Keighley avec The Match King (1932), Stanley Kubrick avec le Baiser du tueur (Killer's Kiss, 1955), Anthony Mann avec Dr Broadway (1942), Mark Robson avec la Septième Victime (The Seventh Victim, 1943) et Robert Wise avec la Malédiction des hommes chats (Curse of The Cat People, 1944).
Parallèlement, des vétérans passés de mode trouvent refuge dans ce type de films, comme William Beaudine, James Cruze, Allan Dwan, Robert Florey, Roy William Neill et Phil Rosen tandis que des cinéastes émigrés y reprennent leur carrière de zéro. Quelques-uns d’entre eux font un passage plus ou moins long dans la série B, comme André de Toth, Robert Siodmak et Douglas Sirk alors que d'autres, comme Jacques Tourneur et Steve Sekely, s'y installent durablement et avec bonheur. Certaines gloires du cinéma muet allemand y perdent leur talent comme Joe May, et d’autres se voient réduits à signer des quickies (minuscules productions tournées en quelques jours et sans aucun moyen), tel Ewald Andreas Dupont avec Problem Girls (1953) ou The Neanderthal Man (1953).
L'économie de moyens liée au budget modeste des productions de série B contraint les cinéastes à redoubler d’invention et d’expressivité. Des ellipses stupéfiantes, des raccords ou des inserts inattendus, un découpage rapide et de superbes éclairages contrastés, comme ceux de l'opérateur John Alton, contribuent à donner une grande modernité de style à ces produits.
Parmi les films de série B aux qualités esthétiques les plus frappantes, citons les Morts vivants (White Zombie, 1932) de Victor Halperin, l'Île du docteur Moreau (Island of The Lost Souls, 1932) d’Erle C. Kenton, Zoo in Budapest (1933) de Reginald Le Borg, la Féline (Cat People, 1942) de Jacques Tourneur, le Fantôme de la momie (Mummy's Ghost, 1944) de Rowland V. Lee, Nocturne (1946) d’Edwin L. Marin, le Réveil de la sorcière rouge (Wake of The Red Witch, 1948) d’Edward Ludwig, le Démon des armes (Gun Crazy, 1950) de Joseph H. Lewis, le Bandit (The Naked Dawn, 1954) d’Edgar G. Ulmer, En quatrième vitesse (Kiss Me Deadly, 1955) de Robert Aldrich, À des millions de kilomètres de la terre (20 Million Miles to Earth, 1957) de Nathan Juran, l'Homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man, 1957) de Jack Arnold et la Tombe de Ligeia (The Tomb of Ligeia, 1964) de Roger Corman.
| 3. | Les héros et les genres |
Pour fidéliser leur public, les producteurs de la série B proposent, dans des genres bien définis, des séries aux personnages récurrents.
| 1. | Le film de jungle |
Après son arrivée dans le cinéma parlant avec un film à gros budget, Tarzan l'homme singe (Tarzan, The Ape Man, 1932) de W. S. Van Dyke, Tarzan poursuit sa conquête du public à travers une quantité d'œuvres de série B de qualité inégale. D'autres héros le démarquent, comme Jim la jungle ou Bomba, qui est le héros de onze films de 1949 à 1955. Néanmoins les meilleurs films de jungle, Bwana le diable (Bwana Devil, 1952) de Arch Oboler ou le Signe du cobra (Cobra Woman, 1943) de Robert Siodmak, se passent de héros récurrent.
| 2. | Le western |
Le western est le genre privilégié de la série B et les personnages de cow-boys connaissent un énorme succès. Hopalong Cassidy, avec soixante-six films interprétés par William Boyd et produits par Paramount de 1935 à 1948, est le plus célèbre d’entre eux, mais il faut également citer Buck Jones à la Columbia, Gene Autry et Roy Rogers chez Republic, Cisco Kid chez Monogram et les petits westerns de série B tournés par John Wayne. De remarquables westerns ont été aussi réalisés en dehors des séries aux personnages récurrents, tels Law and Order (1932) de Edward L. Cahn, Quand les tambours s'arrêteront (Apache Drums, 1951) de Hugo Fregonese, l'Amazone aux yeux verts (Tall in the Saddle, 1944) de Edwin L. Marin, Quatre étranges cavaliers (Silver Lode, 1954) d’Allan Dwan, Johnny Guitar (1954) de Nicholas Ray et Un jeu risqué (Wichita, 1955) de Jacques Tourneur.
| 3. | La comédie |
Les personnages récurrents les plus célèbres de la comédie de série B sont sans conteste les Bowery Boys, apparus dans Rue sans issue (Dead End, 1936), un drame de William Wyler, et qui prospèrent ensuite de 1937 à 1958, d'abord sous le nom de The Dead End Kids, puis The Dead End Kids and Little Tough Boys et East Side Kids. En 1938, la Columbia lance une autre série importante, Blondie, l'adaptation en vingt-huit films d'une bande dessinée créée par Chic Young en 1930.
Le cas de Andy Hardy, interprété par Mickey Rooney, est atypique car les films où apparaît ce personnage ne sont pas tous des séries B. Mexican Spitfire en revanche est caractéristique de ce domaine. Il s'agit de huit films réalisés par Leslie Goodwins entre 1939 et 1943, avec Lupe Velez en vedette. La série de Francis, le mulet qui parle (Francis the Talking Mule) est un succès public avec sept films entre 1949 et 1956, interprétés par Donald O'Connor, puis par Mickey Rooney. Mais les champions au box-office de la série B sont les Deux Nigauds (Abott et Costello) qui multiplient les loufoqueries de 1940 à 1956.
| 4. | Le mélodrame |
Dr Christian, six films de 1939 à 1941, Dr Kildare, seize films de 1937 à 1947 et Maisie, neuf films de 1939 à 1947, sont les principales séries du genre.
| 5. | Le film de détective |
La série B abonde en films de détectives privés, dont les héros sont parfois des femmes. Ainsi, Hildegarde Withers, vieille demoiselle et détective amateur, mène l’enquête dans six films dont le premier, The Penguin Pool Murder (1932) de George Archainbaud est interprété par Edna May Oliver qui conserve le rôle dans Murder On The Blackboard (1934) de George Archainbaud et Murder On a Honeymoon (1935) de Lloyd Carrigan. Elle est ensuite remplacée par Helen Broderock dans Murder On a Bride Path (1936) d’Edward Killy, à laquelle succède Zasu Pitts dans The Plot Thickens (1936) de Ben Holmes et Forty Naughty Girls (1937) d’Edward Cline. Nancy Drew, une autre femme détective inventée en 1930 par Carolyn Keene, est l'héroïne de quatre films dirigés entre 1938 et 1939 par William Clemens, tous interprétés par Bonita Granville.
Parmi les nombreux détectives masculins, il faut citer Bulldog Drumond, personnage inventé par H. C. McNeile en 1919, interprété par Ronald Colman dans Bulldog Drumond (1929) de Richard Jones, et qui revient dans la série B sous les traits de Ray Milland, puis de Ron Randell, avant d'être incarné trois fois par John Barrymore et quatre fois par John Howard. Quant à Philo Vance, apparu en 1926 sous la plume de S. S. Van Dine, il a d'abord les traits de William Powell, puis ceux de Basil Rathbone, Warren Williams, Paul Lukas, Edmond Lowe et Walter Pidgeon.
Raffles, le loup solitaire (The Lone Wolf) issu de l'imagination de Louis-Joseph Vance en 1914, devient héros de série B à partir de 1935 avec The Lone Wolf Returns de Roy William Neill. Il a d'abord le visage de Melvyn Douglas, puis celui de Warren William pour une dizaine de films. Le Saint, lancé en 1907 par Leslie Charteris, est porté à l'écran par RKO dans neuf films de série B, à partir de The Saint in New York (1938) de Ben Holmes. C'est Louis Hayward qui l'incarne d’abord, puis George Sanders prend le relais. Bientôt le Saint devient The Falcon pour seize films, trois avec George Sanders et neuf autres avec Tom Conway.
Nick Carter, héros de magazine apparu en 1886, est remis au goût du jour et interprété par Walter Pidgeon pour trois films, Nick Carter Master Detective (1939) et Phantom Raiders (1940) de Jacques Tourneur suivis de Sky Murder (1940) de George B. Seitz. Sherlock Holmes, lancé en 1887 par sir Arthur Conan Doyle, reste parmi les détectives les plus appréciés. Basil Rathbone l'incarne avec brio dans une dizaine de films, généralement signés par le très bon réalisateur Roy William Neill.
Le public de la série B s’enthousiasme particulièrement pour les détectives orientaux. Apparu sous la plume de Earl Derr Biggers dans la Maison sans clef (The House without a Key, 1925), Charlie Chan est le héros d'une cinquantaine de films entre 1929 et 1949. Deux comédiens l’incarnent successivement : Warner Oland et Sidney Toler. Mr Moto, inventé par John P. Marquand, est le héros de huit films interprétés par le génial Peter Lorre de 1937 à 1939. Créé en 1935 par Hugh Wiley, Mr Wong apparaît cinq fois sous les traits de Boris Karloff dans des productions Monogram.
Citons enfin quelques séries de détectives moins importantes : Crime Doctor, dix films de 1943 à 1949 ; Boston Blackie, treize films de 1941 à 1949 ; Michael Shayne, douze films de 1940 à 1947 ; Ellery Queen, neuf films de 1935 à 1942 ; The Whistler, huit films de 1944 à 1948 et Perry Mason, six films de 1934 à 1937.
| 6. | Le film noir |
Une majorité de films noirs se rattache à la série B. Dans cette catégorie, il convient de citer la Brigade du suicide (T-Men, 1947) et Marché de brutes (Raw Deal, 1948) d’Anthony Mann, l'Assassin sans visage (Follow Me Quietly, 1949) de Richard Fleisher, le Port de la drogue (Pick-up on South Street, 1953), la Maison dans l'ombre (On a Dangerous Ground, 1951), Where Danger Lives (1950) de John Farrow, Stranger on The Third Floor (1940) de Boris Ingster, Kansas City Confidential (1952) de Phil Karlson, l'Ange noir (Black Angel, 1945) de Roy William Neill, The Scar (1948) de Steve Sekely, Dilinger (1945) de Max Nosseck et Detour (1945) d’Edgar G. Ulmer.
| 7. | Le fantastique |
Le fantastique est un autre genre particulièrement fécond de la série B. On y retrouve Dracula, le monstre de Frankenstein, le loup-garou et bien d'autres créatures. Parmi les grandes réussites, citons House of Frankenstein (1944) d’Erle C. Kenton, Daughter of Dr Jekill (1957) d’Edgar G. Ulmer, l'Évadé de la chaise électrique (Man-Made Monster, 1941) de George Waggner, le Baron Grégor (The Black Room, 1935) de Roy William Neill, Vaudou (I Walked With a Zombie, 1943) de Jacques Tourneur, I Was a Teenage Werewolf (1957) de Gene Fowler Jr, la Nuit des morts vivants (Night of The Living Dead, 1968) de George A. Romero, She Devil (1957) de Kurt Neumann et les Confessions d'un mangeur d'opium (Confessions of an Opium Eater, 1962) de Albert Zugsmith.
| 8. | Le film de science-fiction |
Dans les années cinquante, la science-fiction est très en vogue dans le cinéma américain, particulièrement dans la série B, sans doute parce qu’elle permet d’exprimer métaphoriquement les tensions et les angoisses de la guerre froide. Parmi les films les plus révélateurs, signalons le Météore de la nuit (It Came From Outer Space, 1953) de Jack Arnold, le Monstre des temps perdus (The Beast from 20 000 Fathoms, 1953) d’Eugène Lourié, 24 heures chez les Martiens (Rocket Ship XM, 1950) de Kurt Neumann, Les soucoupes volantes attaquent (Earth VS Flying Saucers, 1956) de Fred Sears et The Man from Planet X (1951) d’Edgar G. Ulmer.
| 9. | Une mission sociale et politique |
Les films de série B ont parfois un but éducatif, social et politique. Dans un style à l’emporte-pièce, ils s'attaquent au fléau de la drogue avec Reefer Madness (1936) de Louis Gasnier, démontrent le risque fasciste aux États-Unis dans Nation Aflame (1937) de Victor Halperin, dénoncent le nazisme dans Hitler's Children (1943) d’Edward Dmytryk ou None Shall Escape (1944) d’André de Toth, luttent contre le communisme avec The Red Menace (1949) de R. G. Springsteen et mettent la nation en garde contre la survivance de l'antisémitisme dans Open Secret (1948) de John Reinhardt.
| 4. | Quelques grands noms |
Parmi les personnalités les plus marquantes de la série B, on doit citer le producteur Val Lewton qui finance de très bons films signés Mark Robson, Robert Wise et Jacques Tourneur, le réalisateur et producteur Roger Corman qui incarne la « dernière vague » de la série B et donne leur chance à de futurs géants du cinéma contemporain, le prolifique Phil Karlson qui conserve l'esprit de la série B dans les rares films à gros budgets qu'il tourne ensuite, l'impeccable Joseph H. Lewis au style percutant qui enflamme Association criminelle (The Big Combo, 1955), le fébrile Edward Ludwig au romantisme exacerbé, le comédien fétiche du genre, John Payne, et enfin l'incroyable Edgar G. Ulmer qui, de Strange Illusion (1945) à The Amazing Transparent Man (1961), multiplie les chefs-d'œuvre malgré une spectaculaire absence de moyens.