| Format recherche | Frankenstein ou le Prométhée moderne [Mary Shelley] | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Frankenstein ou le Prométhée moderne [Mary Shelley], roman fantastique de Mary Shelley, publié pour la première fois en 1818 sans nom d’auteur.
| 2. | Une « hideuse progéniture » |
Il existe trois versions du texte intitulé Frankenstein or the Modern Prometheus. La première, écrite sous l’influence du poète Percy Shelley, époux de l’auteur, paraît en 1818, anonymement. Devant le succès populaire de ce texte, adapté au théâtre, William Godwin, le père de Mary, lance une seconde édition. En 1831, le texte, assorti d’une introduction de l’auteur, paraît sous le nom de Mary Shelley. Elle qualifie son roman de « hideuse progéniture » : l’écrivain, comme le savant, éprouvent des difficultés à assumer la paternité de leurs créations.
| 3. | Une grossesse douloureuse |
Le capitaine Walton, parti à la conquête du pôle, hiverne dans un champ de glace. Il recueille à son bord un homme exténué par une longue course en traîneau. Lorsque cet homme, Victor Frankenstein, découvre les ambitions scientifiques de Walton, il lui raconte son histoire. Il a découvert le secret de la vie et a réanimé une créature faite d’un assemblage de morceaux de cadavres. Effrayé par le résultat de son expérience, Victor s’est enfui du laboratoire. La créature, abandonnée, a fait l’expérience du langage et des lois sociales, en épiant la famille des De Lacey. Mais, rejetée par tous, elle a fini par s’en prendre à son créateur et a tué son jeune frère William. Lors d’une rencontre avec Victor, elle a exigé de lui une compagne. Mais au moment de donner la vie à la deuxième créature, Victor s’est ravisé et l’a détruite. Témoin de la scène, le monstre a annoncé à Victor ses projets de vengeance, dont ce dernier n’a pu empêcher la mise à exécution. Après le meurtre de sa femme, Elizabeth, Victor a entrepris d’anéantir la créature et s’est lancé à sa poursuite, jusqu’au pôle où il meurt à bord du vaisseau de Walton. La créature, aux aguets, se rend auprès de son lit de mort où elle rencontre Walton, et s’élance, désespérée, par la fenêtre de la cabine.
| 4. | Le fondement de l’éthique |
Frankenstein est l’œuvre d’un auteur durement frappé par la mort de ses proches : ses enfants qu’elle rêve de réanimer, puis son époux en 1822. Les expériences de réanimation par l’électricité de la matière inanimée, menées par Erasmus Darwin et par Galvani, ont pu par ailleurs la séduire au point d’influencer l’intrigue du roman. Mais le Prométhée de Mary Shelley subit le joug de la tyrannie divine, il transgresse les frontières de la vie et de la mort et reçoit, comme Satan, un châtiment. Frankenstein n’est pas seulement l’ancêtre de la science-fiction, il est le fondement romanesque d’une éthique. Cet avertissement lancé à une science omnipotente s’accompagne d’une réflexion politique, inspirée des textes de Godwin et de Rousseau. Le monstre renvoie à la société sa propre image : l’exclusion préside au contrat social.
Ce jeu de miroirs s’est traduit au fil des adaptations cinématographiques par un glissement du nom de Frankenstein du créateur à la créature. Le monstre a pris d’abord les traits de Boris Karloff (voir Frankenstein). Puis, dans les films de la compagnie britannique Hammer Films, l’accent est mis sur Victor, métamorphosé en savant fou. Seules les adaptations cinématographiques récentes, comme celle de Kenneth Branagh, opèrent un retour à la lettre du roman.