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Bœuf sur le toit, le [Darius Milhaud]

Bœuf sur le toit, le [Darius Milhaud], ballet pour orchestre de Darius Milhaud, sur un argument de Jean Cocteau, composé en 1919 et créé le 21 février 1920 à Paris, dans un décor de Raoul Dufy.

Dans la production de Darius Milhaud, on connaît surtout les titres inspirés des musiques et folklores américains, tels le jazz dans la Création du monde (1923), la musique sud-américaine dans Saudades do Brasil (1920-1921), Scaramouche (1937) ou le Bœuf sur le toit (oubliant un peu rapidement les douze symphonies, les dix-huit quatuors et la quinzaine d’opéras).

Cocteau envisage le scénario de ce ballet-pantomime après la composition de la partition. Dans un bar au temps de la prohibition évoluent des personnages caractéristiques : un boxeur, un nain, une élégante, une femme vêtue en garçonne, un bookmaker… Atmosphère d’allégresse générale, mêlée d’incidents divers. Le bar se transforme en laiterie (le seul passage lent de la partition) ; puis le policier arrivé sur les lieux est décapité par le ventilateur, avant de recouvrer ses esprits puisque c’est à lui que le barman présente finalement l’addition !

La partition du Bœuf sur le toit représente vingt minutes de réel bonheur. Milhaud se souvient de son passage au Brésil quand il était secrétaire de Paul Claudel à l’ambassade de France, de 1917 à 1918 (le titre de l’œuvre reprend d’ailleurs le titre d’une chanson brésilienne). Il avait alors débarqué à Rio de Janeiro en plein préparatifs du carnaval, immédiatement englouti sous les musiques de la rue fusant de toutes parts, se chevauchant les unes les autres dans une envoûtante polyphonie de sambas, maxixes, tangos et autres congas. La partition illustre cette ambiance endiablée avec, tel un fil conducteur, un refrain qui revient à quatorze reprises, passant par les douze tonalités majeures dans un enchaînement judicieusement organisé. Les couplets intermédiaires sont autant de réminiscences du folklore sud-américain, plus ou moins originales, souvent présentées dans une écriture polytonale à la fois aigre-douce et pétillante, comme si l’auditeur entendait, d’un carrefour, plusieurs groupes de musique venir d’autant d’endroits différents.

Il existe du Bœuf sur le toit une version dite « cinéma-fantaisie », pour violon et piano, destinée à accompagner un film muet (Milhaud pensait à Charlot) ainsi qu’un irrésistible Tango des Fratellini pour piano (opus 58b et 58c).