Roman expérimental, le [Émile Zola]
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Roman expérimental, le [Émile Zola]
3. Un texte souvent mal compris

La réception scandalisée du texte est liée à une saisie assez réductrice du propos qui tend à perdurer de nos jours. Brunetière y voit « un mélange de paradoxes et de banalités ». Armand Lanoux considère aujourd’hui que « Zola y précise ses idées jusqu’à l’auto-caricature ». Certes, l’écriture journalistique est polémique : elle tend à forcer les effets et les stratégies de conviction. Cependant, voir dans ces affirmations un dogmatisme asséché et grossier (qui inféoderait la littérature à une idéologie positiviste de la science et du progrès) serait très contraire aux intentions de Zola, toujours très vigilant à l’égard de tout esprit de système. Les textes prennent place dans un débat esthétique virulent qui oppose, dans la seconde moitié du xixe siècle, les tenants d’un idéalisme traditionnel à de jeunes écoles novatrices. Zola, critique, fait de Balzac, dès 1873, un romancier à la « méthode chirurgicale ». Dumas fils revendique la « valeur expérimentale » de son œuvre : les termes sont très en vogue dans les années 1870-1880. La connaissance du contexte permet donc d’évaluer plus précisément les enjeux : la méthode prônée par Zola laisse place à l’imagination créatrice en ouvrant l’espace de sa pratique. L’association de l’écrivain à l’homme de science permet d’en faire un acteur engagé dans le champ social et de valoriser ainsi son engagement. Le romancier conçoit son œuvre comme un laboratoire : elle est une expérience qui va corroborer son hypothèse préalable. Les Rougon-Macquart constituent à cet égard une « production » littéraire exemplaire.