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Impression, soleil levant [Claude Monet]

Impression, soleil levant [Claude Monet], peinture de Claude Monet, datée de 1872 mais plus probablement exécutée en 1873, d’après la date du séjour au Havre qui donne lieu à sa réalisation. Elle est conservée au musée Marmottan à Paris.

Le paysage maritime est un thème fréquent (Courbet, Manet, Whistler), et Monet le pratique à Honfleur, à Étretat, au Havre ou en Hollande. Mais le travail en plein air sur le motif, appris de Boudin et de Jongkind, le pousse à saisir la fugacité des formes et des couleurs, à transcrire l’instant au détriment d’une « vue » à proprement parler, qui serait recomposée en atelier. Au bord de l’eau (1868, Art Institute, Chicago) puis la Grenouillère (1869, Metropolitan Museum, New York) marquent son évolution vers une peinture libre, fluide, aux touches fragmentées et rapides, qui saisit l’eau, la lumière et les reflets. Plutôt que rechercher un motif particulier, il veut « peindre ce qu’il y a entre le motif et lui ». La mer, le ciel, les nuages sont des motifs en eux-mêmes, comme déjà chez Turner. Attiré par la vie « moderne », ce sont ses grues de port, ses cheminées et ses fumées qu’il peint dans la toile (huile sur toile, 48 x 63 cm), à laquelle il donne, pressé par les nécessités du catalogue de l’exposition de 1874 organisée dans l’atelier du photographe Nadar, le titre non descriptif et général d’Impression, d’ailleurs plus d’une fois employé avant lui, et à peine précisé par la mention soleil levant. L’ironie du critique Louis Leroy dans la revue Charivari va faire la fortune du mot et baptiser les Impressionnistes : « Impression. J’en étais sûr, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans. »

Proche d’une esquisse tant le style est libre et rapide, suggestif, presque abstrait dans l’absence de toute description, la toile s’attache à reproduire l’atmosphère du port, dans les brumes du petit matin percées par un soleil encore rouge, se reflétant dans le clapot de l’eau. Ce qui va choquer, c’est la technique enlevée, la touche juxtaposée comme à la hâte, visible, sans « fini », voire comme bâclée. La sensation visuelle, le pur instantané atmosphérique, guident une démarche où la fragmentation de la touche et les couleurs pures s’accordent bientôt à la vibration colorée des heures de la journée (les Meules), à la fluidité de l’air (les Peupliers), à l’effet dissolvant de la lumière (les Cathédrales), à l’effusion totale de matière et de couleurs (les Nymphéas). La vision de l’artiste prime sur l’objet de la vision, la façon de peindre sur la chose peinte.