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Eno, Brian
1. Présentation

Eno, Brian (1948- ), compositeur de rock, de musique expérimentale et artiste multimédia anglais.

Né à Woodbridge (Suffolk), Brian Eno fréquente une école d’art où il reçoit une formation de peintre, s’intéresse à l’art conceptuel et à la sculpture sonore, découvre l’œuvre des compositeurs John Tilbury et Cornelius Cardew et celle des minimalistes John Cage, LaMonte Young et Steve Reich. En 1971, il rejoint Roxy Music où, le temps de deux albums — les deux premiers du groupe, Roxy Music (1972) et For Your Pleasure (1973) —, le clavier Brian Eno laisse libre cours à ses manipulations électroniques du son.

2. Un protée de la matière sonore

Se définissant essentiellement comme un « non-musicien », Brian Eno, dans le sillage de Terry Riley et de Steve Reich, hausse la technique d’enregistrement au rang de méthode de composition à part entière. Il applique ainsi aux albums du guitariste Robert Fripp — No Pussyfooting (1973) et Evening Star (1975) — le principe des bandes magnétiques décalées. Entre 1975 et 1978, il anime son propre label discographique d’avant-garde, Obscure Records, qui héberge notamment Michael Nyman, John Cage, Harold Budd, Gavin Bryar ou John Adams.

À partir de la seconde moitié des années soixante-dix, Brian Eno connaît une ascension irrésistible en tant que producteur-musicien. Véritable protée de la matière sonore derrière ses consoles de mixage et ses « effets », il est directement responsable de l’essor de la world music (autrement dit les musiques du monde), de l’ambient music (musique électronique répétitive, dite « planante », appartenant au mouvement new age) et du sampling en vigueur dans la techno et le rap. Il collabore avec les Talking Heads, leur chanteur David Byrne, David Bowie, Devo, Peter Gabriel ou encore U2, auxquels il permet d’explorer de nouvelles voies après leur période new wave. Compositeur de bandes-son pour des films réels ou imaginaires (Music for Films, 1978), Brian Eno a également travaillé directement avec des cinéastes comme Derek Jarman, David Lynch ou Peter Greenaway.

3. Un sculpteur du son et de la lumière

En solo, Brian Eno s’illustre dans un premier temps dans une pop music abstraite et expérimentale à force d’être dévoyée (Here Come the Warm Jets, 1973 ; Before and after Science, 1977). L’année 1978 voit la naissance de la série des ambient music avec Music for Airports : grâce à cette musique statique d’environnement, qui en appelle à une perception subliminale, Brian Eno conjugue les influences d’Erik Satie et de Morton Feldman. Dès 1979, il fait œuvre d’artiste multimédia en s’engageant dans un travail de mise en images de sa musique. Il réalise ainsi des vidéos (Thursday Afternoon, 1984), accompagnées de bandes-son électroniques au mixage complexe et peuplées d’accidents sonores, des installations sonores éphémères, investissant pour l’occasion des lieux inédits tels que le sanctuaire shinto de Kyoto en 1989, ou encore des « sculptures lumineuses » où écrans vidéos munis de filtres et musiques aléatoires tendent à créer de nouveaux espaces de perception.