Hernani [Victor Hugo]
Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer.
Hernani [Victor Hugo]
4. Une bataille mémorable

A sa création, la pièce fait scandale. Hugo s'y attend. Pour la première, le 25 février 1830, il fait donc venir nombreux ses jeunes amis romantiques (à leur tête Théophile Gautier, impressionnant avec son gilet rouge et sa barbe hirsute), pour la défendre contre les classiques, qui voient d'un très mauvais œil l'entrée du romantisme à la Comédie-Française. Ses adversaires littéraires et politiques sont libéraux, Hugo étant encore à cette date royaliste. On a du mal à s'imaginer aujourd'hui en quoi la pièce peut choquer : elle est sifflée dès le deuxième vers, tant elle bouscule les canons classiques. L'alexandrin surprend par sa souplesse, ses interruptions d'une réplique à l'autre, sa simplicité syntaxique, l'usage fréquent de l'enjambement et du rejet. On voit un roi se réfugier dans une armoire, un manteau dégoulinant d'eau, des suicides en série. La pièce a pourtant été autorisée, car le censeur a eu peur du ridicule s'il avait interdit Hernani après Marion Delorme ; mais son rapport est instructif : « le roi s'exprime souvent comme un bandit, le bandit traite le roi comme un brigand. La fille d'un grand d'Espagne n'est qu'une dévergondée, sans dignité ni pudeur. » Finalement, la première est un triomphe, le public étant conquis par la poésie, la fraîcheur, l'audace et la liberté de ton de la pièce ; mais la « bataille d’Hernani » se poursuit les jours suivants.

Le drame a été magnifiquement adapté à l'opéra par Verdi, sous le titre Ernani (créé en 1844 à Venise).